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Un candidat à la fonction présidentielle a-t-il la possibilité, dans une démocratie moderne, de garder secret un passage de sa biographie ayant trait à un événement aussi important que Tchernobyl? C’est la question que nous posions dans un article précédent en essayant de faire le point sur cet épisode de la carrière du candidat néo-conservateur.

Nous faisions remarquer que les grands médias étaient bien silencieux. Depuis, Le Monde.fr a cessé de faire la carpe et confirmé la totalité des informations que nous avions reprises sur ce site. Mais sans beaucoup faire avancer l’information.

Le Monde confirme

N’allons pas nous vanter : Le Monde confirme, mais du bout des lèvres, en passant autant de temps à  » décrypter  » ce qu’il croit pouvoir qualifier de rumeur sur internet.

Voici ce qui est confirmé par Claire Ané, dans un article intitulé  » Sarkozy et Tchernobyl : la rumeur qui court le net « , du 11/04/07, dans Le Monde.fr.

Nicolas Sarkozy a bien été chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques en 1987 au ministère de l’Intérieur. Sources : le Who’s who ?, les archives du site du Ministère des Finances, les bios de l’Express, et le Bulletin de la Société générale de Presse.

Selon cette dernière source, il y serait resté de mars 1987 à mai 88. Autrement dit, l’hypothèse d’un passage éclair peut donc être écarté. Les contacts de la journaliste lui confirment que cette période correspond à une grosse activité de désinformation du gouvernement français.

D’après Michèle Rivazi, fondatrice de la CRII-rad (commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité), citée par Le Monde.fr, c’est notamment la période où le gouvernement couvre totalement le Professeur Pierrre Pellerin, directeur du SCPRI (service central de protection contre les rayonnements ionisants).

Sur le rôle et la responsabilité du candidat de la droite, on n’en sait pas plus.

Quelles étaient ses fonctions exactement, et quelles positions a-t-il adoptées sur le sujet ?

Rappelons qu’à l’époque, Nicolas Sarkozy n’était pas un stagiaire de 18 ans, mais le maire de Neuilly et le vice-président du 92, âgé de 32 ans. Rappelons aussi qu’en tant que ministère en charge de la sécurité civile, le ministère de l’intérieur (à l’époque dirigé par Pasqua) est le ministère qui traite le dossier, en première ligne, et de la manière qu’on sait.

Claire Ané donne une plaisante citation de Nicolas Sarkozy lors de la convention de l’UMP sur l’écologie, le 19 Octobre 2005, à l’Assemblée nationale:

 » Il n’est pas normal dans une grande démocratie comme la nôtre, que le secret continue de régir l’action de l’administration et, à la vérité, des élus qui la dirigent. Des erreurs comme celle de l’amiante, le mystère qui entoure le trajet exact du nuage de Tchernobyl, ne sont plus acceptables « .

Le Monde décrypte

Malheureusement, Le Monde consacre beaucoup de temps à décrypter la rumeur, sans pour autant élargir l’information ou approfondir l’analyse.

Nous sommes bien obligés de souligner que cette affaire précise n’a rien d’une rumeur sur internet. Au contraire, c’est un cas assez pur d’une information émise dès avril 2006, par le collectif  » Sortir du nucléaire « , et qui, après une année entière de black-out par les médias, se trouve ainsi confirmée. Certains ont pu broder au passage. On a ainsi inventé une  » Délégation Interministérielle  » dirigée par Nicolas Sarkozy, et on lui a attribué à tort la propagande mensongère sur le nuage arrêté à la frontière. Culture critique a précisément montré le caractère erroné de ces affirmations. Mais l’information de base était bonne.

Le fait que d’autres (le mail  » qui suis-je ?) aient trouvé utile de regrouper cette information avec d’autres éléments assez discutables ne change rien. En ce qui nous concerne, nous n’avons repris aucun de ces éléments.

Alors, désolé, le problème, ce n’est pas la rumeur ou le  » buzz  » sur internet, c’est le black-out ou la censure dans les journaux.

Electeurs cherchent journalistes

Finalement, l’information est confirmée, mais dans le même état qu’en 2006, quand le collectif pose sa question.

Nous sommes bien d’accord avec Nicolas Sarkozy :

« Il n’est pas normal dans une grande démocratie comme la nôtre, que le secret continue de régir l’action de l’administration et, à la vérité, des élus qui la dirigent.  »

Est ce si difficile, dans notre pays, de faire une enquête sur un sujet aussi important ?

Journalistes français, encore un effort !

Article de Claire Ané, dans LeMonde.fr

Premier article de Culture Critique sur ce sujet

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Il y a peu de raisons de se satisfaire du débat lancé sur l’identité nationale, après la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de l’identité nationale et de l’immigration.

Au contraire, le risque d’une lepennisation des esprits, c’est à dire d’une lepennisation de l’esprit public, est bien là, avec son corollaire inquiétant : la difficulté des démocrates, notamment de gauche, mais aussi des libéraux (dans le sens philosophique de partisans des Lumières) à y faire face, et même l’incroyable incapacité des intellectuels non seulement à se faire entendre, mais même à s’exprimer : tant de silence au milieu de tant de bruit.

Voici notre contribution en deux parties.

REMARQUES SUR L’IDENTITE NATIONALE (1)

Nation, république, identité

Deux remarques préliminaires sur la nation

Non seulement il n’est pas mauvais, mais il est souhaitable, et approprié dans le contexte actuel, que les politiques traitent de la question nationale.

La nation ne se confond pas avec la société. Leurs composantes ne se recouvrent pas ; elles sont deux figures différentes de l’être ensemble. La nation ne saurait pas plus se réduire à la république. Dire  » la nation, c’est la république  » ne vaut que si on entend :  » du point de vue politique, la nation, c’est la république, c’est à dire que la république ne repose pas seulement sur les citoyens, mais sur les citoyens français et qu’elle ne connaît pas simplement les Français comme citoyens, mais la France même « .

La reconnaissance politique de la nation passe par la république. Mais le cadre politique permet seulement à la nation d’exister, il n’en donne pas le contenu ; c’est la culture qui fabrique de la consistance : transition du  » je  » au  » nous  » et travail du  » nous  » sur le  » nous « .

Si ce point est accepté, on ne s’offusquera pas a priori que les politiques rapprochent  » nation  » et  » menaces sur la nation « , puisque précisément leur rôle, en tant que politiques, est de garantir les conditions d’existence de la nation.

Encore faut il que de telles menaces existent et qu’elles soient correctement identifiées. Ségolène Royal, plusieurs intellectuels, et même Simone Weil ont condamné le rapprochement, dans l’intitulé du ministère, entre  » identité nationale  » et  » immigration « , qui ne peut pas ne pas amener la conclusion que l’immigration est une menace, ou un risque, pour l’identité nationale.

C’est d’ailleurs ce que Nicolas Sarkozy a lui même confirmé dans son discours de Besançon (1), en rapprochant la  » crise d’identité  » que connaîtrait la France et l’immigration : si les immigrés posent problème, c’est parce qu’ils ne respectent pas les  » valeurs françaises « .

Il n’est pas besoin d’être très imaginatif pour voir la similitude entre une telle proposition et les idées de Le Pen. Certains s’inquiètent de ce que ces idées plairaient, c’est vraisemblablement qu’ils ont vécu dans un autre pays ces vingt dernières années.

Ces idées ne sont pas seulement lepennistes, elles sont fausses. Ce n’est pas la nation qui est menacée, et ce n’est pas par l’immigration. C’est la culture qui est non seulement menacée mais mise à mal, et en profondeur. Et de cette situation d’abaissement de la culture s’ensuivent des difficultés de tous ordres, pour la nation, la société, la république, une de ces difficultés étant les ratés de l’intégration.

Pour autant, il ne suffit pas de critiquer le rapprochement entre  » identité nationale  » et  » immigration « , il faut aussi interroger la notion même d’  » identité nationale « .

Qu’est ce que l’identité nationale ?

Par définition l’idée de nation emporte celle de différences entre les nations, de particularités nationales.

En dépit de leur proximité ou de leur ressemblance, la nation française et l’italienne diffèrent.

Pourtant on sent bien qu’à utiliser la formule d’  » identité nationale « , on cherche à dire tout autre chose que la somme des différences réelles qui particularisent une nation comme telle; d’ailleurs de cet ensemble de particularités, on ne saurait tirer aucune politique, en particulier dans un cas comme la France (ce qui incite à peu de considération pour la rhétorique de la  » synthèse nationale « ).

L’identité renvoie à autre chose qu’aux signes distinctifs. Elle évoque une notion de modèle, de France idéale et de Français types auxquels pourraient être comparés, non seulement les immigrés, ou tout étranger, mais aussi les Français réels, vivants ou morts.

Cette idée, en tant qu’idée politique, est dangereuse pour plusieurs raisons.

La première est d’ordre simplement expérimentale, mais l’expérience est lourde. L’histoire a montré que les tentatives politiques de définir et soutenir une identité française ne pouvaient aboutir qu’à sélectionner certains moments, certaines figures, certains traits, au détriment d’autres.

Cette manière de fabriquer de l’identité nationale s’exerce toujours contre quelqu’un, à vrai dire contre plusieurs : les ennemis, les exclus et ceux qui se refusent à cette conception là de l’identité.

Cela vaut pour les plus hauts exemples que nos politiques modernes ne sont pas près d’approcher. Qui sauf les érudits connaît encore Gomer et son fils Francion ? Le deuxième était pourtant suffisamment célèbre au XVII ème siècle pour représenter la France dans une pièce de Richelieu sur l’Europe. Francion est le modèle, l’idéal type. Il a tout pour inspirer Mr Guaino, auteur des discours de Nicolas Sarkozy et grand amateur de lecture allégorique de l’histoire. Mais Francion c’est aussi l’exclusion des protestants et la guerre interminable contre l’Espagne.

De ce type de fables identitaires, on dira qu’elles sont acceptables si l’hostilité qu’elle véhiculait était légitime. Mais après, faut-il ressasser?

Aujourd’hui, il n’y a qu’une façon d’interpréter les références de Le Pen à Charles Martel, ou la récurrence des Croisades chez Nicolas Sarkozy. De fait tout le monde comprend la même chose.

Doit on, pour autant, se contenter des mille particularités qui caractérisent une nation, sans essayer de dégager les principes de cette singularité nationale ?

La réponse est simple, directe ; et elle nous mène, ou nous ramène au cœur de la critique du projet politique de Nicolas Sarkozy.

Une telle opération est possible, mais elle ne relève pas de l’action politique ou de la gestion administrative ; c’est un travail culturel.

Ce travail culturel appartient à tous les Français, comme le dit Tzvetan Todorov,  » dans le mouvement et les rencontres « . Et il appartient en premier lieu aux hommes et aux femmes de culture, qu’il s’agisse de recherche historique, anthropologique, de littérature ou de peinture, etc.

Des recherches très différentes comme celles de Braudel ( » L’identité de la France « ) ou Legendre, pour l’Occident, pourraient être citées. A l’évidence, elles ne sont d’aucun secours pour une démarche comme celle du candidat de la droite.

Quelle que soit la définition retenue de l’identité nationale, ce n’est pas un domaine d’action ministérielle.

La marmite identitaire

Il n’est pas difficile d’attiser le feu sous la marmite identitaire ; il n’est même pas besoin de dire clairement ce qu’on entend par  » identité nationale « .

Dans son livre sur les religions, Nicolas Sarkozy vantait à la fois l’espérance spirituelle, et l’identité religieuse, l’identité  » républicaine  » ne pouvant suffire, selon lui, à la construction morale de la personne.

En mars dernier, il troqua l’identité religieuse contre l’identité nationale, selon lui en crise et menacée. Il déclara lui même qu’il avait failli parler  » d’identité républicaine  » mais qu’Arno Klarsfeld l’en avait retenu.

Finalement cette identité nationale, dans le discours de Besançon, est qualifiée de culturelle.

L’impression domine qu’il faut marteler le thème de l’identité sans souci de vraisemblance.

La liste des  » valeurs françaises  » constitutives de l’identité s’apparente plutôt au catalogue des principes généraux du droit des démocraties européennes :

 » Je veux défendre la séparation du temporel et du spirituel…la liberté de l’esprit…la justice…l’égalité de l’homme et de la femme…la neutralité du service public…la laïcité…la liberté de conscience…la liberté d’expression…la république, la démocratie et les droits de l’homme  » (liste exhaustive).

Tout cela ressemble plus au contenu de l’écartée  » identité républicaine  » qu’à une conception de l’identité nationale. En soi, il n’y aurait rien d’absurde à souligner dans une campagne présidentielle les grands principes juridiques qui instituent le fait national. Mais visiblement, on s’est contenté ici d’aligner institutions, principes et valeurs dans le seul but d’insinuer qu’il pouvait y avoir un problème avec les immigrés.

Mais s’il s’agit d’insister sur le respect de l’ordre légal par les immigrés, pourquoi utiliser l’identité nationale ?

En réalité, l’identité nationale du candidat de droite est une parfaite tautologie : c’est ce qui est en crise, menacée par l’immigration ; et ce que menace l’immigration, c’est l’identité nationale. De ce point de vue, ne nous précipitons pas à confondre cette conception de la nation avec celle de l’extrême droite.

Philosophiquement, puisqu’un magazine vient de le promouvoir philosophe, Nicolas Sarkozy est un parfait post-moderne. L’idéal-type de la nation française pour l’extrême droite est plein et précis, dangereusement plein et précis, celui du candidat de droite est informe et vide. La même ligne de partage distingue en Italie Gianfranco Fini, traducteur et proche politiquement de Sarkozy, et Umberto Bossi.

Le concept vide d’identité nationale en crise est un des traits distinctifs de la nouvelle droite américaine et européenne.

Dans la suite de cet article, nous analyserons la place de la culture dans cette idéologie.

(1) Nicolas Sarkozy, discours à Besançon, 13 mars 2007

(2) Tzvetan Todorov,  » Un ministère indésirable dans une démocratie libérale « , Le Monde du 17 mars 2007

TchernobylEnFrance

Si cette nouvelle est confirmée, elle est absolument stupéfiante : Nicolas Sarkozy aurait été responsable des risques chimiques et radiologiques au ministère de l’intérieur en 1987, et à ce titre aurait été en charge du traitement des effets de Tchernobyl sur la population française

Dans la mesure où les grands médias qui en auraient le moyen n’ont pas encore trouvé le temps ou le courage de nous informer sur ce sujet, et dans la mesure aussi où le « buzz » internet sur cette question doit être pris avec précaution, nous essayons ici de faire le tri entre certain et possible.

D’abord : l’histoire de la « révélation ».

Le 26 avril 2006, le réseau « Sortir du nucléaire » interpelle Nicolas Sarkozy sur son rôle au ministère de l’intérieur, à l’époque de Tchernobyl.

La consultation de la biographie de l’Express confirmera aux curieux que le futur candidat était bien, comme « Sortir du nucléaire » l’affirme, « chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques » au ministère de l’intérieur, dirigé à l’époque par Charles Pasqua.

La notice de l’Express, dérivée apparemment de celle du Who’s who ?, précise que Sarkozy a occupé ces fonctions en 1987, sans que, curieusement les dates de début ni de fin ne soient précisées.

Le titre ne permet pas de savoir si Sarkozy est chargé de mission au cabinet de Pasqua, ou (à un niveau moins élevé) dans l’administration du ministère.

A cette date, il n’est plus tout à fait un jeune homme : il a trente deux ans et cumule déjà les fonctions de maire de Neuilly, vice-président du conseil général des Hauts de Seine, et conseiller régional.

La notice de l’Express semble fiable. Certes la référence à ces fonctions ne figure pas dans la biographie officielle de Sarkozy des archives web du ministère de l’intérieur, ni sur les sites complaisants de pseudo information biographique, sans parler de l’hagiographie ultra professionnelle de Catherine Nay. Mais on en retrouve de nombreuses traces, y compris sur des sites ou d’autres sources favorables à Nicolas Sarkozy : nous donnons comme exemple les archives du ministère des finances.

Mais l’explosion de Tchernobyl ayant eu lien fin avril 1986 et Sarkozy étant en charge du dossier en 1987, son rôle exact reste à définir.

A priori, c’est le bon ministère (la sécurité civile relève de l’intérieur), et le bon titre (risques chimiques et radiologiques). Cependant la qualité de « chargé de mission » n’est pas celle d’un décisionnaire ministériel, même si, compte tenu de ses responsabilités politiques et de sa proximité avec le ministre, on peut présumer que Sarkozy ne s’est pas contenté de faire des notes.

En tout état de cause, le contenu de son intervention est inconnu. On sait cependant que le gouvernement est engagé à l’époque dans une grande entreprise de désinformation : si, a priori, Sarkozy n’a rien à voir avec la propagande ridicule sur les nuages radioactifs miraculeusement arrêtés à la frontière, il est en charge du dossier au moment où le gouvernement Balladur entreprend de minorer systématiquement les effets de Tchernobyl sur les populations françaises.

La demande de « Sortir du nucléaire » semble donc légitime et adaptée. Pourtant elle reste sans réponse et les grands médias se gardent bien de reprendre l’information ni la question.

Trouble sur internet

Dans les dernières semaines, un mail circule abondamment : c’est une sorte de portrait chinois qui invite à reconnaître Sarkozy. Nous ne reprenons pas le texte de ce mail qui nous semble trop approximatif. Il existe d’ailleurs dans plusieurs versions, dont une pratique (sur un autre sujet que Tchernobyl) un type d’insinuation ou d’amalgame déplaisant. La rumeur gonfle et s’amplifie sur les blogs.

Par exemple, Claude-Marie Vadrot fait rebondir l’information en donnant à Sarkozy le titre de « Délégué interministériel pour les énergies et le nucléaire » et en affirmant « C’est lui qui a orchestré, en coulisses, le célèbre arrêt du nuage de Tchernobyl aux portes de la France ». On ne trouve pas de sources, ni de traces de ce « délégué interministériel » ; cette imputation est probablement fausse. Et Sarkozy n’était pas en fonctions quand le nuage s’est arrêté.

Le 28 mars, le Nouvel Observateur met en ligne sur son site internet, dans la rubrique « humour », le mail qui continue à circuler. Le site de José Bové reprend l’information. Pour le moment, à notre connaissance, ni la presse écrite, ni les médias audiovisuels n’ont repris le sujet.

Il est pourtant important et même fondamental.

Il ne s’agit pas ici d’informations sur la vie privée ni de critiques sur la personne mais de responsabilité publique sur un événement absolument majeur.

La mission précise, le rôle effectif, et le contenu des positions prises par le candidat font partie des informations auxquelles ont droit les électeurs dans toute démocratie.

L’actuel black-out et la désinformation sont en soi révélateurs.

Voir communiqué de presse du 26 avril 2006 de « Sortir du nucléaire »

Notice de l’Express

Article de Vadrot

Archives du ministère des finances

IloveLaSorbonne

Un dimanche de mars 2006, à Paris, pendant la période de mobilisation contre le CPE.

I love La Sorbonne.

EntreJarryEtOrwell

Editeur exclusivement consacré à la philosophie, la maison Vrin a deux librairies, livre neuf, livre d’occasion, qui sont un peu le fleuron de la place de la Sorbonne.

On se sent quelque part entre Jarry et Orwell.

BoireAl’OmbredesCRS

Les cafés sur la place s’évertuent à perpétuer le souvenir du Quartier Latin : « l’Ecritoire », « l’Escholier ». On ne sait pas si la flamme repartira ou si ce monde sera définitivement emporté par le tourisme et les « marques universitaires ».

Boire à l’ombre des cars de CRS : remarquez que les garçons de café sont plus moqueurs que les libraires-philosophes.

AugusteComteAvecCanonAEau

La fable pourrait s’intituler « Auguste Comte et le canon à eau ».

Elle dirait le bluff sécuritaire comme seule réponse à la question sociale, la Sorbonne et ses alentours retranchés contre d’imaginaires émeutiers, le Quartier Latin déserté et silencieux, une certaine idée de l’ordre.

Photos de C.F.

marinavladyprincessedecleves.jpg

La femme de l’année 2006, sur le plan politique, vous la connaissez.
Croisons nous les doigts pour 2007.
La sportive de l’année : Laure Manaudou.
Mais la femme littéraire, direz vous ? Sans hésitation, la Princesse de Clèves, ou plutôt la romancière, c’est à dire Mme de Lafayette.

Quel autre auteur peut se targuer d’avoir été attaqué (deux fois, on frôle l’obsession) par Nicolas Sarkozy, puis défendu par Paul Marie Couteaux, Pierre Assouline (brillamment), René Pommier, Jacques Drillon, de figurer dans une bande dessinée, et même d’avoir été l’objet d’une question écrite du Sénateur Jean Pierre Sueur (il est vrai, très peu objectif, puisqu’il est socialiste et qu’il aime la littérature…)?

A vrai dire, on s’est si bien amusé avec cette affaire que Culture Critique a un peu hésité à vous proposer ce  » décryptage « . Mais ce qui compte ici, ce n’est pas tant le prétexte que l’esprit, et la violence réelle qui sous tend une position entièrement tournée contre la culture.

Aussi pardonnez nous d’être trop sérieux sur un tel sujet.

Le point de départ : par deux fois, à Lyon, le 23 février 2006 et à Paris, le 10 juin suivant, Nicolas Sarkozy s’attaque à Madame De Lafayette.

Voici une citation intégrale que vous pourrez vérifier :

 » L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique, ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur la Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de La Princesse de Clèves…Imaginez un peu le spectacle. « 

On s’amuse comme on peut

Passons sur le style. On imagine ce qu’entend l’auditeur moyen de l’UMP : le jury aurait en guise de programme, une liste de questions à poser, et ces questions porteraient sur un texte ou une liste de textes.

On nous trouve un peu circonspects. Car, contrairement à ce que le sénateur Sueur a l’air de croire, il n’y a pas d’  » épreuves de langue et de littérature françaises inscrites au programme  » de ce concours, ni à l’écrit ni à l’oral. Il s’agit d’épreuves dites de  » culture générale « .

Pour le concours d’  » attaché territorial « , il n’y a tout simplement pas de programme réglementaire de ces épreuves. Il est donc parfaitement exclu que même un sadique ou un imbécile puisse y intégrer La Princesse de Clèves. Nous donnons le descriptif de ces épreuves plus bas.

Bref, il n’y a guère que deux possibilités. Dans un document présentant l’épreuve orale, on a donné  » La Princesse de Clèves  » comme exemple de questions à poser. Ou une anecdote (qu’on imagine peu bienveillante) sur un jury précis a été transformée par le candidat en partie de programme.

On s’amuse effectivement comme on peut à ce petit jeu du travestissement pour ridiculiser l’administration et la culture classique.

Pour ou contre la culture classique

La Princesse de Clèves est un chef d’œuvre classique de la littérature française, et, à ce titre, une référence normale pour une épreuve de culture générale. Pierre Assouline, René Pommier, Jacques Drillon, Christine Lapostolle ont parfaitement raison de le souligner.

Nicolas Sarkozy (comme candidat) s’est d’ailleurs prononcé pour la  » lecture des grands auteurs  » à l’école. Il n’y voit pas contradiction tant il lui semble normal que Nicolas Sarkozy (comme ministre de l’intérieur ?) décide de lui même qui est un grand auteur, et qui doit être considéré comme un classique.

Pour autant, poser une question sur La Princesse de Clèves revient-il à ériger sa lecture en critère? Non, évidemment.

Les concours de la fonction publique ne sont pas ( pas encore) organisés sur le modèle des jeux télévisés. Une personne cultivée, plus précisément une personne disposant de la culture classique attendue d’un responsable administratif, peut ne pas avoir lu ce roman. Mais elle saura au moins quelque chose sur La Princesse de Clèves ( » c’est un roman « ,  » écrit par une femme « ,  » une œuvre du XVIIème siècle  » etc) et le jury va apprécier, à partir de ce point d’entrée, la réalité de sa culture, et comment elle s’intègre à sa formation de fonctionnaire.

Il y a, en tout cas, une réponse très mauvaise et que nous déconseillons fortement :  » je l’ai lu et je ne m’en souviens plus « , ou, à la façon de Nicolas Sarkozy, qui déteste autant le subjonctif passé que Madame de Lafayette,  » je l’ai lu il y a tellement longtemps qu’il y a de fortes chances que j’aie raté l’examen « .

Imaginez le mépris

Nicolas Sarkozy a le mépris facile. C’est le maire de Neuilly qui se trahit dans cette allusion aux guichetières, qui évidemment ne peuvent avoir lu La princesse de Clèves ( » imaginez le spectacle « ). Le ministre méprise aussi les attachés, confondus avec les guichetières, les jurys des concours, composés de sadiques et d’imbéciles, la grammaire qu’il massacre, et les auteurs classiques, qu’il se vante d’avoir oubliés.

Pour la culture, en général, son mépris est illimité.

Pierre Assouline

Jacques Drillon

Nicolas Sarkozy

L’épreuve dite de culture générale peut être une  » composition portant sur un sujet d’ordre général relatif aux grands problèmes politiques, économiques, culturels ou sociaux  » (écrit) ou un  » commentaire suivi d’une conversation  » (oral) ;

Pour attaché territorial :

A titre d’exemple, voici deux sujets donnés à l’épreuve écrite de cette matière :  » La sécurité constitue-t-elle un droit de l’homme ? « , et  » Religions et espace public « . Pas de quoi susciter l’aigreur du ministre de l’Intérieur.

Photo: Marina Vlady dans l’adaptation de Jean Delannoy.

Culture Amérique

Le livre de Frédéric Martel, De la culture en Amérique, est la première tentative, en France, pour décrire le  » système culturel américain « , c’est à dire l’organisation de la culture, hors ce que nous en connaissons le mieux, les industries culturelles.

Il n’est évidemment ni possible, ni souhaitable de considérer ce système dans son ensemble comme un modèle prêt à être importé. Nous aurions tort cependant de ne pas nous inspirer de ses traits les plus intéressants, en particulier la place de la culture dans les universités.

On sait quelle place a la culture dans les universités françaises: nulle. Les raisons en sont multiples : la faiblesse historique des universités françaises, au moins depuis le XVIII ème siècle; la méfiance des pouvoirs de droite à l’égard des étudiants depuis 68 et la délocalisation des centres universitaires à l’extérieur des centres urbains ; la politique de sous-financement des universités par la même droite après De Gaulle. Mais la gauche, si elle a, en général, apporté plus de moyens aux universités, n’a pas, pour autant développé de politique culturelle en direction des universités, ni même favorisé les initiatives en ce sens.

Il se crée ainsi une situation doublement préjudiciable, pour la culture et pour les étudiants. La période des études n’est pas mise à profit pour apporter une formation culturelle de bon niveau, ce qui renforce d’autant la conception utilitariste, non humaniste, des études. Et il n’est pas répondu aux besoins et à la demande exprimée du public étudiant, ce qui diminue d’autant les activités culturelles exigeantes, et la fréquentation des œuvres de référence. La culture des jeunes formés au niveau supérieur tend ainsi de plus en plus à ressembler à celle de leur classe d’âge, illustrant une nouvelle fois le nivellement culturel par le bas. On sait par exemple depuis longtemps que les jeunes scientifiques lisent très peu de livres. Le ministère de la culture qui ne s’est presque jamais occupé des étudiants est bien obligé de constater que la fréquentation par exemple du spectacle vivant, ou des musées, n’est pas simplement limitée à la  » classe moyenne « , ce qui déjà pose problème, mais qu’elle est même bien loin de recouvrir la majorité de cette couche.

Voici quelques chiffres donnés par Frédéric Martel. On trouve dans les 4182 établissements d’enseignement supérieur américains : 700 musées ou galeries, 300 radios, 110 maisons d’édition, 3527 bibliothèques, 345 salles de concert pop ou rock et 2300 centres de spectacle professionnel. Ces organismes, définis comme  » art extensions « , sont le produit à la fois du développement spectaculaire des universités publiques après guerre, et des programmes culturels du New Deal. Ils sont à la fois les lieux des  » pratiques amateurs  » sur les campus, et à travers les musées et les  » performing art centers « , les instruments d’une politique d’  » excellence culturelle « . Tournés d’abord vers les étudiants, ils sont aussi pour l’université le moyen de s’ouvrir au public extérieur qui contribue au financement de l’enseignement supérieur. Cette activité est le fondement du diplôme de Master of Fine Arts, qui tend à devenir une norme internationale. En réalité aujourd’hui le système universitaire est le premier employeur d’artistes aux Etats Unis. Lisez le chapitre  » Campus  » du livre de Frédéric Martel, il est passionnant.

De la culture dans les universités : c’est une orientation que nous appuierons à l’occasion des deux campagnes électorales.

Etienne S. Bonnet

Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Gallimard, 2006.

Site de Frédéric Martel:
http://www.fredericmartel.com

AntonioTabucchi

L’écrivain italien Antonio Tabucchi vient de délivrer une leçon magistrale sur les relations de la politique et de la culture.

Concluant la journée organisée par Arte et France culture, il a présenté ce qu’on pouvait bien entendre comme un rapport sur l’état de la culture en Italie, ou une rétrospective des temps obscurs (1) qu’elle traverse.

Certains des exemples donnés par Tabucchi auraient pu constituer des fictions, ou des cas, à la manière des personnages de ses Petits malentendus sans importance, ou des Chroniques de Bustos Domecq de Borgès et Bioy Casarès.

Le cas de l’éditeur d’art fasciste, condamné pour association maffieuse, qui met au catalogue de sa nouvelle maison une réédition du Prince de Machiavel, préfacé par Berlusconi. Le cas du directeur des services secrets militaires qui inonde l’Italie et toute l’Europe de faux dossiers, notamment sur le pseudo nucléaire irakien, et qui, limogé à la suite d’une campagne courageuse du journal La Republica, est nommé conseiller spécial de Romano Prodi. Le cas enfin de ce gouvernement européen qui protesta officiellement auprès de la Fondation Nobel lorsque le prix littéraire fût attribué à l’un de ses concitoyens (il s’agissait de Dario Fo).

Antonio Tabucchi souligna l’exaltation du militarisme, du nationalisme, et le renfermement sur soi. Il rapprocha cette politique d’un état de l’esprit public marqué par la  » décivilisation « , la subversion de la morale commune, la destruction éthique et esthétique, jusqu’à  » la modification du lexique, du langage et finalement de la culture des italiens « .

 » La politique s’est totalement approprié la culture « .  » La classe politique a avalé la culture, s’y est superposée et l’a remplacée.  »

Tabucchi apportait ainsi une étrange réponse à la question initiale :  » la culture est elle encore un enjeu politique ? « .

L’ Italie, loin d’être une exception, ne présente qu’une situation plus radicale, d’une certaine façon plus franche: l’asservissement du politique au milieu des affaires et des industries culturelles y a été mené jusqu’à son point ultime, la fusion pure et simple, la concentration individuelle des pouvoirs.

Berlusconi peut être présenté comme un simple affairiste, et il l’est. Mais d’un autre côté, c’est un  » grand  » capitaliste qui a parfaitement compris le rôle du facteur culturel. Il est ainsi le principal opérateur audiovisuel et le principal éditeur de livres et de magasines.

Aujourd’hui les partis républicains et démocratiques ont repris le pouvoir politique mais Berlusconi continue à dominer le pouvoir culturel, comme les manifestations récentes l’ont montré.

Tout cela se passe en Europe.

Au fond ce n’est pas la réponse de Tabucchi qui est étrange, c’est plutôt la question.

A.G.

1/ Antonio Tabucchi, Au pas de l’oie : chroniques de nos temps obscurs, Le Seuil, 2006.

Vous pouvez écouter quelque temps l’intervention de Tabucchi ici.

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