Culture Critique: Analyses


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Le 21 Janvier, le Comité Désirs d’avenir du VI ème arrondissement organisait une réunion participative au Théâtre du Lucernaire. A cette occasion, il avait demandé à un représentant de Culture Critique d’introduire la réunion.

Voici les notes de cette intervention.

Les lecteurs de Culture Critique retrouveront au début les grands traits déjà présentés dans la série « Le facteur culturel dans la campagne présidentielle (1) et (2) ».

La culture est elle présente dans la campagne ?

Si on s’en tient aux approches qui ont prévalu dans plusieurs colloques et rencontres récentes, la culture serait absente de la campagne présidentielle.

L’idée que les deux principaux candidats se désintéresseraient de la « politique culturell  » était l’angle d’attaque explicitement retenu par Arte et France Culture pour le colloque de décembre à la Cinémathèque.

Même chose pour la rencontre au Théâtre de l’Est Parisien.

L’autre idée, fréquemment associée à la première, consiste à souligner la « proximité » de la droite et de la gauche sur ces questions. C’est, par exemple, le point de vue retenu par Le Monde pour exposer les résultats de son sondage sur les français et la politique culturelle.

Je pense qu’une telle approche est un pur effet d’optique, une conséquence de la réduction du facteur culturel au seul secteur suivi par le ministère de la culture, et même aux seules mesures immédiates qui pourraient être prises dans ce secteur.

On aboutira à des constatations bien différentes en adoptant une autre conception du facteur culturel.

Premièrement, en rétablissant l’unité du champ culturel ; concrètement, en rapprochant, ce qui dans le découpage ministériel, est attribué à l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur, la recherche, la culture, la communication.

On ne peut plus penser ni agir en séparant, par exemple, l’enseignement artistique et les musées, ou, autre exemple, l’audiovisuel et l’éducation.

Deuxièmement, en considérant le domaine de la culture comme un tout, comme un ordre qui possède ses propres logiques, et en particulier ses propres principes d’évaluation, et dont l’articulation avec le politique et l’économie doit être profondément repensée.

Exemple : le débat sur le Louvre ne peut être réduit à une question de simple gestion ou purement symbolique ; il suffit de le rapprocher des propositions tenant à créer des « marques universitaires ».

Enfin, la culture est aussi une dimension personnelle : la « culture de soi », la conception humaniste et républicaine visant précisément, au-delà de l’accès aux œuvres et du développement des pratiques, à permettre une démocratisation de cette culture de soi.

C’est dans cette perspective, par exemple, qu’on doit interroger le lien entre le désarroi des adolescents, les addictions et conduites à risque et les difficultés scolaires.

Nous avons la conviction qu’ainsi redéfini autour de ces trois axes, le facteur culturel est à la fois très présent dans la campagne présidentielle et très « discriminant », c’est à dire qu’il est un des principaux points de clivage droite-gauche.

Clivage qui s’organise en particulier autour de deux grands thèmes : le lien social et la société de la connaissance.

Culture et lien social

La question du lien social, du « vouloir vivre ensemble » est au cœur du débat public, en particulier à travers les questions de l’insécurité et de l’incivilité, de l’identité collective, et du mal-être de nombreux jeunes.

On a d’ailleurs retrouvé ces trois aspects dans la « crise des banlieues » de 2005.

Ségolène Royal : civilité, famille, culture, école, tout se tient

Les français ont d’emblée remarqué que Ségolène Royal tranchait avec une approche de l’insécurité fréquente à gauche que l’on pourrait définir comme « économiciste ».

Elle n’excuse pas la délinquance ; elle ne cherche pas à ramener l’insécurité aux seules causes matérielles (logement, urbanisme, chômage). Au contraire, elle rappele que le droit à la sécurité est encore plus précieux pour ceux qui vivent les situations les plus difficiles. En même temps, elle montre que l’incivilité a d’abord pour cause l’affaissement du lien social et propose précisément de le rétablir autour du facteur culturel.

« Tout se tient : emploi, sécurités, famille, école. Quand un maillon vient à manquer, c’est toute la chaîne qui est fragilisée. »
(Frangy, 20 août 2006)

C’est le sens en particulier des propositions sur l’école : service public de la petite enfance, lutte contre le décrochage scolaire, soutien scolaire individuel et gratuit, augmentation de la présence adulte dans les établissements.

« Je crois moi que la gauche est la seule capable de remettre l’éducation au cœur de tout, de remettre l’école d’aplomb, de remettre de la culture partout, sur tout le territoire, de donner à chaque enfant le droit à la culture et à une ambition scolaire ainsi qu’à la récompense de l’effort. »
(Vitrolles, 29 septembre 2006)

Tout se tient du côté des causes : la prostration devant la télé et le manque de concentration en classe, l’addiction à la consommation et la routine des transgressions, le refus du monde commun transmis par la famille et celui du savoir enseigné à l’école.

Tout se tient du côté des remèdes. Inutile de chercher des boucs émissaires. IL faut à la fois renforcer chaque maillon : l’école, la famille, le quartier, la cité, et l’associer aux autres plus solidement.

La démocratie participative, ici, n’est rien d’autre que la méthode pour permettre à chacun de s’impliquer dans cette reconstitution du lien social.

Nicolas Sarkozy : idéologie sécuritaire et religions

On sait que Sarkozy a beaucoup misé sur le rétablissement de la sécurité. Il faut donc être précis sur le bilan de sa politique, assez systématiquement confondu avec celui des services de police. Ce bilan se résume en deux points : la délinquance constatée est en baisse, sauf dans le domaine des atteintes à la personne ; dans ce domaine, malgré l’augmentation du nombre d’affaires traitées et résolues, la délinquance est en hausse.

Autrement dit, l’insécurité réelle, celle que les Français subissent de plein fouet à travers les atteintes à la personne, a augmenté malgré les succès de la police. Sarkozy aura ainsi apporté la démonstration qu’une politique du tout sécuritaire, cantonnée à la répression sans reconstitution du lien social est vouée à l’échec.

En réalité, il est parfaitement conscient des échecs de la politique inspirée par l’idéologie sécuritaire. De même, il sait très bien que la dénonciation démagogique du laxisme (des policiers de proximité aux animateurs en passant par les juges et les enseignants), si elle peut plaire à une petite frange de l’électorat, finit par se heurter à la réalité : l’opinion publique a fini par se rendre compte que les enseignants étaient bien les victimes et non pas les responsables de l’incivilité et de l’insécurité.

Si la seule répression ne marche pas, il fallait chercher ailleurs. Et Nicolas Sarkozy, probablement égaré par son américanisme, redécouvrit un fondement de l’ordre que peu d’hommes politiques avaient mentionné depuis cinquante ans : la religion.

Voici quelques extraits de son livre « La République, les religions, l’espérance » :

« Je suis convaincu que l’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté ».
« On aurait tort de cantonner le rôle de l’église aux seuls aspects spirituels ».
« La dimension morale est plus solide, plus enracinée, lorsqu’elle procède d’une démarche spirituelle, religieuse, plutôt que lorsqu’elle cherche sa source dans le débat politique ou dans le modèle républicain ».
« Maintenant que les lieux de culte officiels et publics sont si absents de nos banlieues, on mesure combien cet apport spirituel a pu être un facteur d’apaisement et quel vide il crée quand il disparaît ».

L’homme, Nicolas Sarkozy, a parfaitement le droit d’avoir ce type de croyance ou de conviction. Le ministre des cultes en revanche sort complètement de son rôle lorsqu’il traduit « La République ne reconnaît aucune religion » (loi de 1905, séparation des églises et de l’Etat) par « La République reconnaît toutes les religions ».

Comme le dit Régis Debray, les religions, en tant qu’institutions humaines, oscillent entre « fraternité » et « hostilité ». Qui ne voit que cette formulation correspond mille fois mieux à la réalité que les incantations sur le rôle d’apaisement et de régulation de la société que devrait prendre les religions ? En particulier, aujourd’hui.

En rompant avec la laïcité, Nicolas Sarkozy prend donc -assez légèrement- une lourde responsabilité. Mais la signification de cette rupture est évidente. Il s’agit purement et simplement de faire en sorte que la religion prenne la place de la culture, que le facteur religieux absorbe le facteur culturel.

On est loin ici d’une République qui pourrait œuvrer au rétablissement du lien social. Qui, en particulier, à travers l’école, permettrait que se développe cette culture de soi qui est la base nécessaire de la civilité, et du vouloir vivre ensemble.

Les religions pour « l’ordre intérieur », et la police de répression pour « l’ordre extérieur », il n’y a aucune place pour la culture dans cette vision fonctionnaliste, profondément anti-humaniste de la personne et de la société qui est celle de Nicolas Sarkozy.

La société de la connaissance

Autre thème qui illustre bien la présence du facteur culturel dans la campagne présidentielle et la pertinence du clivage gauche/droite : la « société de la connaissance ».

De manière très simplifiée, on peut dire que ce clivage est de deux ordres.

Quantitatif : la droite française par idéologie et méfiance des professions intellectuelles refuse l’effort financier nécessaire. D’une certaine façon, elle ne croit pas à la société de la connaissance et ce n’est nullement par hasard si la France, depuis cinq ans, a reculé à ce point par rapport aux objectifs de Lisbonne.

Mais le clivage est tout autant qualitatif. La conception fondamentale de Sarkozy, Raffarin, c’est de ramener la société de la connaissance à une adaptation de la société à l’économie de la connaissance. La conception de Ségolène Royal, rejoignant ainsi le mouvement des chercheurs, est de réarticuler différemment l’économie et le savoir, au sein de cette société de la connaissance.

Ségolène Royal : une société de la connaissance ouverte

La candidate du PS renoue avec une conviction : en France, à l’exception du Général de Gaulle (mais il s’était entouré d’hommes de gauche, en particulier mendésistes), c’est toujours le parti du « mouvement », les républicains, les démocrates, la gauche qui s’est engagé en faveur de la « connaissance » (on disait auparavant « l’esprit ») ; et toujours le parti conservateur s’y est opposé.

« Je crois, moi, que la gauche est la seule capable de remettre l’éducation au cœur de tout »
(déjà cité)

« Je crois que la gauche est la seule capable de développer une société de connaissance ouverte ».
(Hebdo des socialistes, 28 octobre 2006)

Elle n’aborde pas cette question avec un point de vue lénifiant, qui occulterait les contradictions propres à cette société de la connaissance.

« La société de la connaissance est tiraillé entre une prodigieuse dynamique de coopération, de création et de partage des connaissances et un puissant « capitalisme informationnel » qui tente de s’assurer le contrôle de larges pans des productions intellectuelles futures. »
(28 octobre 2006)

Nos économies ont besoin d’un capitalisme informationnel puissant, en particulier pour tirer parti de la mondialisation. Mais la puissance publique doit en limiter les excès (la tendance au contrôle total de la connaissance). Plus encore, elle doit stimuler et favoriser l’approche culturelle et ses logiques propres, originales par rapport à l’économie, qu’il s’agisse de création ou de diffusion de la connaissance.

Cette orientation générale est renforcée par des positions concrètes :
– aider financièrement les étudiants
– sortir la recherche du pacte de stabilité européen
– investir plus dans la recherche (10% de plus par an de dépense publique)
– promouvoir les logiciels libres et les biens communs informationnels
(Sur ce point, voir l’entretien avec Richard Stallman, 28 juin 2006).

Les biens communs informationnels sont particulièrement nécessaires pour permettre le développement autonome de la science (et de la culture) en même temps qu’une relation équilibrée avec l’économie.

Nicolas Sarkozy : jouer l’économie contre la connaissance et la culture

Dans un discours récent adressé aux chercheurs, Nicolas Sarkozy a essayé de faire oublier son rôle dans le gouvernement Raffarin, lorsque, ministre de l’economie et es Finances, il organisait les coupes sombres dans le budget de la recherche publique.

A cette occasion, il a proposé « d’augmenter d’un quart le financement de la recherche publique, soit quatre milliards d’euros ». En réalité, cette proposition ne fait que reprendre le pacte pour la recherche du gouvernement Villepin. Or ces quatre milliards, comme l’indiquent Alain Trautmann et Henri Audier, semblent correspondre aux fonds publics pour la recherche, et non au budget de la recherche publique . Ce dernier augmenterait donc en réalité de 2% par an.

Quand à l’orientation générale, il apparaît assez clairement que, pour Sarkozy, la société de la connaissance se réduit à l’économie de la connaissance.

On a pu l’entendre ainsi, lors de la conférence des blogueurs organisé par Loïc Le Meur, un de ses groupies, attbuer le développement du Web.2 aux seules entreprises et incriminer les retards dus à l’Etat,

semblant tout ignorer du rôle joué par le monde de la recherche et les universités dans le développement du web sous toutes ses formes.

De la même manière, à l’occasion de la discussion sur la loi sur le droit d’auteur, il ne s’est pas contenté de reprendre, en tant que ministre de l’intérieur, l’approche du tout répressif ; il s’est fait aussi, en grand ami du show business, le relais des revendications immédiates des industriels du disque, au risque même de bloquer la recherche de compromis réalistes.

Evaluation de la recherche, suppression du ministère de la culture

Voici, pour finir, ce qui nous semble être le meilleur exemple de la nécessité de reconstituer l’unité du champ culturel afin de mieux comprendre quelles menaces graves pèsent sur la culture en général.

Au dictionnaire des idées reçues de la droite néo-conservatrice, on pourrait, en détournant Flaubert, écrire ceci :
 » L’évaluation, dire: les intellectuels (les artistes, les chercheurs, les universitaires) l’oublient toujours « .

La dénonciation du fonctionnement des universités et des organismes de recherche, leur réorganisation à partir d’une évaluation financière sont systématiquement présentées comme les conditions sine qua non du développement de la recherche. Chose curieuse pour des « libéraux », on assiste à la mise en place d’un véritable dirigisme d’état sur la recherche, structuré autour du chantage au financement et de l’évaluation.

« Une réforme, des moyens financiers, pas de réforme, pas de moyens financiers. »
(Saclay, le 18 Janvier 2007)

C’est ici qu’il est intéressant de rapprocher cette « politique de la recherche » de ce que Nicolas Sarkozy a pu évoquer en ce qui concerne l’organisation de la culture.

On sait qu’il avait préconisé la suppression du ministère de la culture.

« Pouvons nous continuer à avoir des structures ministérielles aussi éclatées ? Je ne le crois pas. Il faut regrouper la direction des médias, le ministère de la culture et l’Education nationale sous l’égide d’un seul ministère. »
28 Janvier 2006

Depuis cette proposition a été mise en veilleuse, mais Mme de Panafieu a indiqué que la réduction du nombre de ministères aboutirait au même résultat.

Sur ce meccano ministériel, beaucoup d’encre a déjà coulé et coulera encore. Mais quel en est le sens pour Nicolas Sarkozy ?

Aussitôt après, il s’en était pris aux aides à la création. On va voir que cette proximité n’a rien de fortuit.

 » Académisme officiel, « Académies invisibles », aucun système d’attribution des aides n’est idéal.
Admettons toutefois que le modernisme et la nouveauté ne sont pas les seuls critères de l’esthétique, que l’on est allé trop loin dans certains domaines, qu’une partie du public a été perdu au passage et que nos artistes eux-mêmes ont parfois du mal à se reconnaître dans la politique culturelle de leur propre pays…
Il faut confier l’attribution des aides à la création et des budgets du spectacle vivant à des agences indépendantes composées en priorité d’experts, de professionnels et de représentants du public.  »
(28 Janvier 2006)

Il n’y a pas beaucoup à interpréter.

Selon Sarkozy, il faut contrôler les chercheurs qui ont tendance à se perdre dans la recherche fondamentale, et les artistes qui s’égarent dans une trop grande nouveauté.

Passons sur le contre-sens à propos des « académies invisibles ». Ce qui est parfaitement clair, c’est la similitude de l’approche : plus de dirigisme sur les professions culturelles, passant par des « agences » chargées de les évaluer en fonction de critères politiques.

En guise de conclusion

Le quinquennat qui s’achève s’est caractérisé par une attaque ininterrompue du gouvernement contre les professions culturelles : animateurs et médiateurs, architectes, archéologues, intermittents du spectacle, psychiatres, instituteurs, jeunes chercheurs, puis chercheurs dans leur totalité, enseignants, directeurs d’école, jeunes diplômés.

Le candidat de droite s’est fait remarquer par ses attaques d’emblée contre les associations de médiation sociale et culturelle dans les banlieues, sa connivence avec les communautarismes religieux et les sectes, le contrôle politique et personnel (affaire Genestar) des médias, l’intransigeance face au mouvement des chercheurs, la proposition de fichage médical, dès leur plus jeune âge, des enfants susceptibles de « trouble des conduites ».

Il n’est pas si difficile de distinguer la gauche de la droite sur cette question du facteur culturel.

Le facteur culturel dans la campagne : comment la droite et la gauche se distinguent (2)
Le premier article de cette série a été publié le 11/01/07.

La question du lien social, du  » vouloir vivre ensemble  » est au cœur du débat public. Elle y prend une place de plus en plus importante, presqu’au même titre que celle de l’emploi et du niveau de vie.

Elle s’exprime sous différentes formes.

L’insécurité et l’incivilité ont occupé une large partie de la campagne présidentielle de 2002. Notons déjà qu’entre sécurité et civilité, il existe plus qu’une différence de degrés : la sécurité est un droit de l’homme et du citoyen, reconnu par la république depuis le début ; la civilité, le type de sociabilité conforme au statut de citoyen, ne constitue pas et ne constituera jamais un droit.

Le débat sur le lien social s’est aussi organisé autour du thème de l’identité: genres, « ethnies », communautés, religions, minorités, régions. Dans l’actualité, il a pu sembler que ce type d’identification socio-culturelle prenait le pas sur les appartenances socio-économiques traditionnelles (classes sociales, professions).

La place des jeunes est un autre exemple. La plupart des adultes éprouvent de manière de plus en plus angoissante la difficulté de transmettre à leurs enfants un monde commun, matériel et intellectuel. Mais la difficulté d’être touche d’abord directement les jeunes : développement des comportements de transgression, addictions, maladies psychologiques (suicide, anorexie), conduites à risque, échecs scolaires graves (analphabétisme).

L’exemple de la « crise des banlieues », dite aussi « émeutes de 2005 », a consterné tout le pays, tant il était évident qu’aucune des explications réductrices ou intéressées ne pouvait cacher que les trois formes principales de la difficulté à vivre ensemble s’étaient ici combinées de manière explosive.

Ségolène Royal : refaire de la politique

Le principal mérite de Ségolène Royal est d’avoir repoussé l’approche économiciste qui dominait à gauche.

Il suffit sur ce point de rappeler comment la gauche s’était retrouvée démunie face aux critiques de la droite et de l’extrême droite sur la sécurité.

Elle paraissait alors ne pouvoir évoquer la répression sans mentionner aussitôt la prévention, et sans la relativiser aussitôt par la nécessité de prendre la question  » à la base « , c’est à dire sur un plan économique.

Assez logiquement le public et les électeurs en conclurent que la direction de la gauche semblaient considérer que le chômage, le manque de logements et les ratés de l’urbanisme produisaient en quelque sorte mécaniquement de la délinquance.

Les populations des quartiers difficiles, qui souffrent le plus de l’insécurité, ne supportaient plus ce type d’explication. Et la plus grande partie du corps électoral la trouvait indigente. Elle l’était : la demande de justice ne peut être rabattue sur l’économie. Des conditions matérielles peuvent favoriser ou amplifier l’insécurité; mais seules elles ne la créent pas de toutes pièces. Il faut encore qu’elles viennent percuter un malaise social, ou plus précisément un malaise culturel, une difficulté à vivre ensemble poussée au point où, littéralement, on ne « supporte plus l’autre ». C’est ce mal à être ensemble qui est d’ailleurs le seul point logique d’entrée pour une politique de prévention et la reconstitution de la civilité.

L’opinion publique a tout de suite repéré que Ségolène Royal avait remis les choses à leur place. Non seulement la sécurité était un droit, c’est à dire qu’elle était due par l’état aux citoyens et habitants, mais le rétablissement du lien social devait être entrepris sans attendre que l’économie améliore tout.

C’est cette perspective qui donne tout son sens à la défense de l’école et de la laïcité, à la réhabilitation de la famille et des valeurs de transmission et de travail.

Une digression rapide pour souligner que cette orientation ne peut pas sans abus être qualifiée de conservatrice : ni sur le travail (voir par exemple les analyses de Dominique Méda, proche de Ségolène Royal), ni sur la famille les positions de la candidate de gauche ne sont conservatrices. Par exemple, ce n’est pas la famille traditionnelle patriarcale qu’elle défend mais l’institution de base qui permet la reconnaissance, la socialisation et l’affirmation de la personne.

Nicolas Sarkozy : idéologie sécuritaire et religions

Il est certes difficile d’ignorer que Nicolas Sarkozy s’est fait le chantre et l’acteur de l’idéologie sécuritaire. Ses statistiques sont discutées avec raison. Pourtant l’essentiel est dans l’échec d’ensemble de la politique.

Car Mr Sarkozy n’avait pas seulement promis une police « plus efficace », c’est-à-dire traitant plus d’affaires ; il avait voulu faire croire qu’une telle police plus efficace pouvait à elle seule rétablir la sécurité.

Les statistiques prouvent le contraire : la police résout plus d’affaires mais l’insécurité s’accroît, notamment pour les atteintes aux personnes. Ni l’insécurité, ni évidemment l’incivilité n’ont régressé, parce qu’elles ne pouvaient pas régresser de cette manière.

Tant il est vrai qu’une politique de répression sans la reconstitution du lien social est vouée à l’échec, que le gouvernement soit de droite ou de gauche.

L’idéologie sécuritaire, c’est la négation du lien social. Si on souhaite éviter que les délinquants n’influencent le reste du groupe social, par exemple certains jeunes, il est indispensable qu’une politique de réhabilitation du « vivre ensemble » soit mise au premier plan, complétée par une politique appropriée de répression de la délinquance. C’est a fortiori le cadre pour réduire les incivilités.

En réalité, Sarkozy a tout à fait mesuré son échec : si la seule répression ne marche pas, il faut chercher ailleurs. Ayant dénoncé le laxisme d’à vrai dire tout le monde, de la police de proximité aux enseignants, en passant par les juges et les animateurs – dénonciation d’ailleurs comique qui revient à faire du mauvais médecin la cause de la maladie- il crut dénicher la cause véritable : ce qui manquait à l’ordre, c’était la religion.

Nous ne voulons pas reprendre ici le dossier si complet d’Eric Besson et Pierre Bayard, mais simplement en donner quelques compléments.

Le premier point – on a un peu honte à devoir le rappeler – tient à ce que, si certaines religions, à certains moments, peuvent procurer aux croyants l’ossature psychologique et morale nécessaire, d’autres religions, ou les mêmes à d’autres moments, peuvent parfaitement produire le résultat contraire. Institution humaine, la religion oscille entre fraternités et hostilités (Régis Debray). C’est donc avec sagesse que la République a décidé de ne s’appuyer sur aucune religion ou philosophie morale et de ne pas favoriser l’organisation de la vie sociale autour de l’institution religieuse. A contrario, c’est manquer de bon sens que de vouloir assurer la paix civile en attisant les rivalités communautaires.

L’homme, Nicolas Sarkozy, a parfaitement le droit d’avoir ce type de croyance et qu’elle soit respectée. Le ministre des cultes n’en a aucun d’imposer une telle orientation dans l’espace public, ni a fortiori de l’organiser administrativement. (Voir, en particulier, dans l’étude de Pierre Bayard, les rapports avec l’UOIF).

Bien que les effets négatifs de la politique des cultes du ministre de l’intérieur ne soient pas négligeables, il est peu probable que cette américanisation de notre espace public puisse être conduite très loin.

En revanche, sa signification est exemplaire : chez Sarkozy, la religion tient la place de la culture, le facteur religieux absorbe le facteur culturel. L’école prépare à être un bon travailleur et un bon consommateur, les religions et la police garantissent l’ordre. Aucune nécessité de développer une culture de soi démocratique, un domaine autonome de la culture qui permette l’épanouissement de la personne et l’équilibre de la vie sociale.

Si on admet que la conception de la société, du lien social – le passage du « je » au « nous » – est un des points clés d’un programme politique, force est d’admettre que les électeurs français sont bien devant deux orientations radicalement distinctes. On reconnaît d’ailleurs des traits qui opposent classiquement la gauche et la droite.

Mais Ségolène Royal a su éviter certains errements de la gauche, non seulement dans le sens d’un plus grand réalisme quand à la sécurité, mais aussi en réhabilitant cette dimension de la vie sociale que nous appelons le facteur culturel.

Nicolas Sarkozy, de son côté, a pris l’initiative inquiétante de rompre non seulement avec certains éléments du socle républicain commun à tous les Français, mais aussi avec la tradition du libéralisme politique qui ne met pas l’identitarisme religieux au centre de la vie publique.

Livre de Régis Debray cité: « Le Feu sacré », Fayard, 2003.

GargantuaPantagruel

Nous commençons ici une série d’articles, en quelque sorte un dossier sur le facteur culturel dans la campagne électorale.

Plusieurs rencontres récentes ont pris pour thème la politique culturelle ou la place de la culture dans la campagne : en particulier, le colloque organisé à la Cité des Sciences (01/12/06) par Arte et France Culture, et celui du Théâtre de l’Est Parisien (11/12/06), organisé par les Editions de l’Attribut, là aussi avec le concours de France Culture.

Le Monde a publié une double page (01/12/06), une sorte d’étude comparative intitulée « Culture et présidentielle. Qui propose quoi ? ».

A parcourir rapidement les commentaires qui ont accompagné ces rencontres et les articles du Monde, on pourrait avoir le sentiment que l’affaire est entendue : la culture occuperait une faible place dans la campagne, dans les préoccupations des politiques, et même dans celles des français ; la politique culturelle serait un thème assez consensuel, qui ne ferait pas débat entre la droite et la gauche.

Télérama (6-12 janvier 2007) résume ainsi le premier point : « la culture, oubliée du débat électoral ? ». Et l’entretien du Monde avec Emmanuel Négrier (CNRS) est titré  » Entre droite et gauche, une distinction peu évidente « .

Une première explication, assez évidente, de cette position molle et passablement dépressive de la culture dans le débat public est l’habituelle réduction du sujet au secteur d’activité plus ou moins suivi par le ministère du même nom.

Si l’intervention d’Antonio Tabucchi à la Villette nous a semblé à ce point stimulante, c’est précisément parce qu’elle rompait avec ce type de restriction.

On aurait tort de croire que la leçon d’Antonio Tabucchi ne vaudrait que pour l’Italie et que la France serait totalement protégée d’une dérive berlusconienne.

Cette manière de restreindre le champ de la culture, qui n’a jamais convenu, est devenue un obstacle à la compréhension des enjeux culturels et à la conception d’une véritable politique culturelle.

Peut on penser la diffusion du livre, de l’écrit séparément de l’enseignement de la lecture, à commencer par l’alphabétisation ?

Peut on dissocier la fréquentation des musées et l’enseignement artistique ?
Les exemples sont innombrables.

Bien sûr, localement et ponctuellement, le public et les professionnels savent s’arranger avec cette découpe administrative. Mais on obscurcit et on complique considérablement le débat public en intériorisant cette définition fallacieuse de la culture.

Pour prendre un exemple récent, croit-on vraiment que les projets de commercialisation du Louvre soient très différents des propositions de créer des marques universitaires et sans rapport avec une certaine conception de l’économie de l’immatériel impulsée par le gouvernement ?

Cet exemple montre bien qu’il ne suffit pas de rétablir l’unité du champ culturel ; il faut aussi reconnaître la culture comme domaine distinct de l’activité humaine et de la vie sociale.

Dans sa Condition de l’homme moderne, Hannah Arendt a voulu distinguer les différents degrés ou régions de la vita activa : le travail, l’œuvre et l’action.

Aujourd’hui, la réflexion sur le facteur culturel nécessite de réaffirmer l’identité de la culture, les spécificités de son domaine.

La condition initiale est de réaffirmer les logiques d’évaluation qui lui sont propres. La beauté d’un tableau, la validité d’un théorème, la qualité d’un enseignement, la consistance d’une recherche ne tiennent pas et ne tiendront jamais à un vote, un prix fixé par le marché, une priorité de la loi de finances, un format international de diplôme.

La culture a ses propres lois, auxquelles il faut revenir, ou qu’il faut  » restituer  » comme le disait Rabelais. Mais cette renaissance ne peut pas être une régression. Elle doit s’accompagner d’une autre articulation de la culture, du politique et de l’économie.

C’est ce qu’exprime très clairement Daniel Conrod dans son compte rendu de la rencontre du TEP (Télérama).

« Plutôt que de ressasser un hypothétique abandon de la part des politiques, il vaudrait mieux aujourd’hui se demander pourquoi elle (la culture) ne parvient pas à convoquer, d’égal à égal, sur ses lieux propres, les hommes et les femmes politiques. Il vaudrait mieux se demander aussi pourquoi elle est devenue aussi sage et plaintive, tandis que caracole, sous ses fenêtres, et dans un tumulte prodigieux de promesses et de mirages, le convoi mirobolant des industries culturelles. »

L’élaboration d’une politique culturelle (comprise ici comme politique d’un champ culturel réunifié) devrait donc relever d’une composition de deux domaines, de deux logiques, et même de deux puissances : la logique propre à la culture et celle du politique.

La confusion qui règne sur ce point est devenue intolérable. Elle produit des mélanges de genre et même des rôles à contre-emploi qui pourraient produire un certain effet comique. Par exemple, certains patrons de la recherche et de l’enseignement supérieur adorent endosser le costume des managers financiers, comme la Directrice du CNRS décrétant que les sciences de la vie ont un « mauvais rapport qualité/prix » après que le Parlement les ait retenues comme « priorités scientifiques ».

Le cahier des charges de la politique culturelle doit être totalement renouvelé dans sa logique. C’est une affaire qui au fond se fera à trois : culture, politique, économie. Non seulement il faut prendre en compte « le convoi mirobolant des industries culturelles », mais plus généralement le tournant culturel de l’économie et la dite économie de l’immatériel.

Enfin, la culture n’est pas seulement un domaine de la vie sociale qui doit être articulé d’une manière nouvelle avec ceux du politique et de l’économie. Elle est une dimension de la personne. Elle ne réside pas seulement dans les œuvres, les institutions ; elle est aussi une activité de soi sur soi, une attitude, un souci de soi, qu’on appelle précisément « se cultiver ».

C’est cette dimension de la culture, comme culture de soi, qui est en cause dans les phénomènes de malaise identitaire, d’incivilités, et même de maladies psychologiques, notamment des jeunes.

L’objectif de la politique culturelle se laisse ici facilement deviner : il vise une culture de soi démocratique.

Si nous acceptons ces trois repères, nous découvrirons vraisemblablement, comme Antonio Tabucchi que la politique s’intéresse à la culture, et même s’y intéresse beaucoup, et que les divergences entre la gauche et la droite y sont au moins aussi profondes qu’ailleurs.

Dans les prochains articles de cette série, nous confronterons ainsi, systématiquement, les positions de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy.

A venir :
Deuxième partie : Culture, religion et lien social
Troisième partie : Les contradictions de la société du savoir
Quatrième partie : Professions culturelles, forme de vie culturelle.

Culture Critique 2007

Culture Amérique

Le livre de Frédéric Martel, De la culture en Amérique, est la première tentative, en France, pour décrire le  » système culturel américain « , c’est à dire l’organisation de la culture, hors ce que nous en connaissons le mieux, les industries culturelles.

Il n’est évidemment ni possible, ni souhaitable de considérer ce système dans son ensemble comme un modèle prêt à être importé. Nous aurions tort cependant de ne pas nous inspirer de ses traits les plus intéressants, en particulier la place de la culture dans les universités.

On sait quelle place a la culture dans les universités françaises: nulle. Les raisons en sont multiples : la faiblesse historique des universités françaises, au moins depuis le XVIII ème siècle; la méfiance des pouvoirs de droite à l’égard des étudiants depuis 68 et la délocalisation des centres universitaires à l’extérieur des centres urbains ; la politique de sous-financement des universités par la même droite après De Gaulle. Mais la gauche, si elle a, en général, apporté plus de moyens aux universités, n’a pas, pour autant développé de politique culturelle en direction des universités, ni même favorisé les initiatives en ce sens.

Il se crée ainsi une situation doublement préjudiciable, pour la culture et pour les étudiants. La période des études n’est pas mise à profit pour apporter une formation culturelle de bon niveau, ce qui renforce d’autant la conception utilitariste, non humaniste, des études. Et il n’est pas répondu aux besoins et à la demande exprimée du public étudiant, ce qui diminue d’autant les activités culturelles exigeantes, et la fréquentation des œuvres de référence. La culture des jeunes formés au niveau supérieur tend ainsi de plus en plus à ressembler à celle de leur classe d’âge, illustrant une nouvelle fois le nivellement culturel par le bas. On sait par exemple depuis longtemps que les jeunes scientifiques lisent très peu de livres. Le ministère de la culture qui ne s’est presque jamais occupé des étudiants est bien obligé de constater que la fréquentation par exemple du spectacle vivant, ou des musées, n’est pas simplement limitée à la  » classe moyenne « , ce qui déjà pose problème, mais qu’elle est même bien loin de recouvrir la majorité de cette couche.

Voici quelques chiffres donnés par Frédéric Martel. On trouve dans les 4182 établissements d’enseignement supérieur américains : 700 musées ou galeries, 300 radios, 110 maisons d’édition, 3527 bibliothèques, 345 salles de concert pop ou rock et 2300 centres de spectacle professionnel. Ces organismes, définis comme  » art extensions « , sont le produit à la fois du développement spectaculaire des universités publiques après guerre, et des programmes culturels du New Deal. Ils sont à la fois les lieux des  » pratiques amateurs  » sur les campus, et à travers les musées et les  » performing art centers « , les instruments d’une politique d’  » excellence culturelle « . Tournés d’abord vers les étudiants, ils sont aussi pour l’université le moyen de s’ouvrir au public extérieur qui contribue au financement de l’enseignement supérieur. Cette activité est le fondement du diplôme de Master of Fine Arts, qui tend à devenir une norme internationale. En réalité aujourd’hui le système universitaire est le premier employeur d’artistes aux Etats Unis. Lisez le chapitre  » Campus  » du livre de Frédéric Martel, il est passionnant.

De la culture dans les universités : c’est une orientation que nous appuierons à l’occasion des deux campagnes électorales.

Etienne S. Bonnet

Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Gallimard, 2006.

Site de Frédéric Martel:
http://www.fredericmartel.com

Sorbonne Mars 2006

Pourquoi ce blog ? Pour contribuer à l’affirmation du facteur culturel dans la campagne présidentielle de 2007. Derrière ce mot,  » facteur culturel  » : non seulement les questions qui relèvent du domaine culturel au sens large, mais aussi les principes et les logiques d’évaluation propres à la culture, et la dignité de celles et ceux qui s’y réfèrent.

Quelque chose ne va pas dans les relations du politique, de l’économie et de la culture, un déséquilibre, un excès. Que cette situation puisse être vécue comme une menace pour ceux qui placent la culture au centre de leur vie serait une raison suffisante pour réagir. Mais il apparaît de plus en plus clairement que la société dans son ensemble souffre de ce déséquilibre.

Le déroulement du quinquennat qui s’achève en est une illustration assez parfaite.

Premier acte : le gouvernement Raffarin s’en prend aux professions intellectuelles, transformées en bouc émissaire de l’insécurité, de l’échec scolaire et de tous les déficits. Il faudra revenir sur cette image combien significative d’un ancien publicitaire dont le gouvernement trouva bon de s’attaquer aux archéologues, aux intermittents du spectacle, aux architectes, aux psychanalystes, aux instituteurs et aux chercheurs.

A juste titre, l’appel des Inrockuptibles, début 2004, qualifia cette politique de  » guerre à l’intelligence « .

Dans la période suivante, il faut souligner que le mouvement contre le CPE fut conduit essentiellement par les jeunes diplômés, rejoignant ainsi le mouvement initié par  » Sauvons la Recherche « , dont une des principales revendications portait sur la situation des jeunes docteurs.

La  » société du savoir  » commençait mal avec la droite française.

En réalité, depuis 2002, tout se passe comme si le véritable ministre du facteur culturel était le ministre de l’intérieur.

Quelques exemples : les attaques d’emblée contre les associations de médiation sociale et culturelle dans les banlieues, corrélées au tout-sécuritaire et à l’abandon de la police de proximité ; la connivence avec les courants communautaristes, et la doctrine de délégation du lien social aux religions (théorisée dans La République, les religions, l’espérance) ; le contrôle politique et personnel des médias (affaire Paris-Match) ; le fichage médical, dès le plus jeune âge, des enfants susceptibles de souffrir d’un  » trouble des conduites « .

L’intolérance ou les pressions (sur les juges, les journalistes) ne sont pas chose nouvelle en France. Ce qui est proprement nouveau, et constitue une rupture, même avec la tradition de la droite républicaine, c’est leur articulation avec le mépris de la culture, et la désignation des professions intellectuelles comme bouc émissaire.

La domination excessive de l’économie –  » l’économicisme « – au détriment du politique aussi bien que de la culture, a pu masquer un temps l’ampleur et le caractère stratégique de cette offensive contre la culture.

Il y a des raisons de penser que cette situation est en train de changer. Nous voulons croire que la campagne présidentielle sera l’occasion de réhabiliter les professions culturelles et de mesurer le prix payé par la société pour l’abaissement de la culture.

Le succès de la candidature de Ségolène Royal au Parti Socialiste marque un retour du politique et des questions délaissées par la routine technocratique. Parmi ces questions, certaines – comme l’autorité légitime, la signification du travail, la transmission, le rôle de la famille et de l’école, la démocratie participative- sont à la fois des questions centrales pour la société et celles qui illustrent le mieux le rôle du facteur culturel.

Si cette orientation vous semble intéressante, saisissez avec nous l’occasion de la campagne présidentielle.

Collectif Culture Critique 2007