mars 2007


TchernobylEnFrance

Si cette nouvelle est confirmée, elle est absolument stupéfiante : Nicolas Sarkozy aurait été responsable des risques chimiques et radiologiques au ministère de l’intérieur en 1987, et à ce titre aurait été en charge du traitement des effets de Tchernobyl sur la population française

Dans la mesure où les grands médias qui en auraient le moyen n’ont pas encore trouvé le temps ou le courage de nous informer sur ce sujet, et dans la mesure aussi où le « buzz » internet sur cette question doit être pris avec précaution, nous essayons ici de faire le tri entre certain et possible.

D’abord : l’histoire de la « révélation ».

Le 26 avril 2006, le réseau « Sortir du nucléaire » interpelle Nicolas Sarkozy sur son rôle au ministère de l’intérieur, à l’époque de Tchernobyl.

La consultation de la biographie de l’Express confirmera aux curieux que le futur candidat était bien, comme « Sortir du nucléaire » l’affirme, « chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques » au ministère de l’intérieur, dirigé à l’époque par Charles Pasqua.

La notice de l’Express, dérivée apparemment de celle du Who’s who ?, précise que Sarkozy a occupé ces fonctions en 1987, sans que, curieusement les dates de début ni de fin ne soient précisées.

Le titre ne permet pas de savoir si Sarkozy est chargé de mission au cabinet de Pasqua, ou (à un niveau moins élevé) dans l’administration du ministère.

A cette date, il n’est plus tout à fait un jeune homme : il a trente deux ans et cumule déjà les fonctions de maire de Neuilly, vice-président du conseil général des Hauts de Seine, et conseiller régional.

La notice de l’Express semble fiable. Certes la référence à ces fonctions ne figure pas dans la biographie officielle de Sarkozy des archives web du ministère de l’intérieur, ni sur les sites complaisants de pseudo information biographique, sans parler de l’hagiographie ultra professionnelle de Catherine Nay. Mais on en retrouve de nombreuses traces, y compris sur des sites ou d’autres sources favorables à Nicolas Sarkozy : nous donnons comme exemple les archives du ministère des finances.

Mais l’explosion de Tchernobyl ayant eu lien fin avril 1986 et Sarkozy étant en charge du dossier en 1987, son rôle exact reste à définir.

A priori, c’est le bon ministère (la sécurité civile relève de l’intérieur), et le bon titre (risques chimiques et radiologiques). Cependant la qualité de « chargé de mission » n’est pas celle d’un décisionnaire ministériel, même si, compte tenu de ses responsabilités politiques et de sa proximité avec le ministre, on peut présumer que Sarkozy ne s’est pas contenté de faire des notes.

En tout état de cause, le contenu de son intervention est inconnu. On sait cependant que le gouvernement est engagé à l’époque dans une grande entreprise de désinformation : si, a priori, Sarkozy n’a rien à voir avec la propagande ridicule sur les nuages radioactifs miraculeusement arrêtés à la frontière, il est en charge du dossier au moment où le gouvernement Balladur entreprend de minorer systématiquement les effets de Tchernobyl sur les populations françaises.

La demande de « Sortir du nucléaire » semble donc légitime et adaptée. Pourtant elle reste sans réponse et les grands médias se gardent bien de reprendre l’information ni la question.

Trouble sur internet

Dans les dernières semaines, un mail circule abondamment : c’est une sorte de portrait chinois qui invite à reconnaître Sarkozy. Nous ne reprenons pas le texte de ce mail qui nous semble trop approximatif. Il existe d’ailleurs dans plusieurs versions, dont une pratique (sur un autre sujet que Tchernobyl) un type d’insinuation ou d’amalgame déplaisant. La rumeur gonfle et s’amplifie sur les blogs.

Par exemple, Claude-Marie Vadrot fait rebondir l’information en donnant à Sarkozy le titre de « Délégué interministériel pour les énergies et le nucléaire » et en affirmant « C’est lui qui a orchestré, en coulisses, le célèbre arrêt du nuage de Tchernobyl aux portes de la France ». On ne trouve pas de sources, ni de traces de ce « délégué interministériel » ; cette imputation est probablement fausse. Et Sarkozy n’était pas en fonctions quand le nuage s’est arrêté.

Le 28 mars, le Nouvel Observateur met en ligne sur son site internet, dans la rubrique « humour », le mail qui continue à circuler. Le site de José Bové reprend l’information. Pour le moment, à notre connaissance, ni la presse écrite, ni les médias audiovisuels n’ont repris le sujet.

Il est pourtant important et même fondamental.

Il ne s’agit pas ici d’informations sur la vie privée ni de critiques sur la personne mais de responsabilité publique sur un événement absolument majeur.

La mission précise, le rôle effectif, et le contenu des positions prises par le candidat font partie des informations auxquelles ont droit les électeurs dans toute démocratie.

L’actuel black-out et la désinformation sont en soi révélateurs.

Voir communiqué de presse du 26 avril 2006 de « Sortir du nucléaire »

Notice de l’Express

Article de Vadrot

Archives du ministère des finances

Publicités

FiniPréfacierdeSarkozy

Nous tirons du site  » desmotsetdebats  » cette photo de l’édition italienne du livre de Nicolas Sarkozy préfacée par Gianfranco Fini.

A la suite de l’article précédent,  » L’axe de fer Fini-Sarkozy « , il nous semble opportun de revenir sur cette proximité des deux leaders de la nouvelle droite.

Depuis que cette information a été révélée par le Courrier International et largement reprise sur le web, on assiste en effet à une opération de brouillage visant à faire croire que les commentateurs, de gauche ou simplement démocrates, qui s’inquiètent de cette accointance, ne seraient que trop pressés de poser l’équation : Fini = Sarkozy = fasciste.

Or, sachant que Fini, ancien leader du MSI n’est plus fasciste, Sarkozy ne saurait l’être…

On ne saurait mieux caricaturer un débat politique. Car, si Sarkozy n’est pas d’extrême droite, il est bien le modèle reconnu et revendiqué par Fini de la nouvelle droite européenne.

Mais, avant d’aller au fond, voici un échantillon d’éloge transalpine :

 » Le témoignage de Sarkozy est devenu récit de vie et programme politique, identité et dynamique intérieure avant que publique, analyse et compréhension de soi-même, contribution originale à une grande construction collective qui implique l’évolution de la droite et de la Ve République voulue par le général de Gaulle en 1958.  »

Quels sont leurs points communs ?

1/ L’autoritarisme et l’idéologie sécuritaire

Ce thème a permis à Fini de rafler les troupes du MSI au moment où il l’a quitté et à Sarkozy d’espérer gagner celles de Le Pen.

2/ Le bellicisme

L’un et l’autre étaient partisans de la guerre en Irak, participation devenue effective dans le cas de l’Italie, cependant que Sarkozy devant la déconfiture américaine se voit obligé de revenir au bercail et rendre hommage à Chirac (sans évidemment mentionner Villepin, promoteur de la position française indépendante).

3/ L’atlantisme

Dans le cas de Sarkozy, il se teinte d’américanisme. L’un et l’autre combinent un nationalisme de façade et un ressentiment mal caché contre les  » atavismes  » et les défauts supposés de leur pays par rapport au modèle américain. Ils n’aiment pas l’Europe.

4/ L’instrumentalisation de la religion

Fini, qui est l’ennemi historique de la démocratie chrétienne, a trouvé excellente la contribution de Nicolas Sarkozy sur ce sujet : rupture avec la laïcité française et le rationalisme, reconnaissance du rôle de toutes les religions comme  » facteur d’apaisement et de régulation « .

La première préface accordée par Fini à Sarkozy était d’ailleurs celle de l’ouvrage précédent  » La république, les religions, l’espérance « .

5/ La main mise sur les médias

Fini, bien qu’ici, évidemment, le maître italien hors catégories soit Silvio Berlusconi, et Sarkozy, à travers ses liens, tissés de longue date, depuis l’époque de Neuilly Communications, avec les responsables de la presse, de l’audiovisuel et du show-business, pratiquent sans vergogne la fusion directe des pouvoirs politiques, médiatiques et financiers.

6/ La nouvelle droite

Le reste est secondaire. En matière de politique économique, les deux hommes sont des opportunistes.

Nous venons de décrire à grands traits le programme commun de ce que Fini appelle la  » nouvelle droite européenne « , des néos-conservateurs américains et de la droite sarkozyste.

Il faut souligner que l’un et l’autre ont rompu avec deux traditions auxquelles ils appartenaient et qui reposaient sur le  » ni droite ni gauche « , l’une respectable, le gaullisme, et l’autre qui ne l’est pas, le néo-fascisme.

Sarkozy depuis qu’il ambitionne d’être leader national, s’est toujours vanté de réhabiliter à la fois la droite, et le parti de droite, position étonnante pour un soit disant gaulliste.

Cette politique de la nouvelle droite a trouvé malheureusement à s’appliquer en Italie.

On se fera une idée assez précise de ses effets sur la culture en lisant le livre d’Antonio Tabucchi  » Au pas de l’oie : chronique de nos temps obscurs  »

Aux essayistes et blogueurs français qui s’offusquent de voir dénoncer cette proximité, nous avons envie de répondre : gardez vos amis italiens, nous gardons Tabucchi et Moretti.