Culture Amérique

Le livre de Frédéric Martel, De la culture en Amérique, est la première tentative, en France, pour décrire le  » système culturel américain « , c’est à dire l’organisation de la culture, hors ce que nous en connaissons le mieux, les industries culturelles.

Il n’est évidemment ni possible, ni souhaitable de considérer ce système dans son ensemble comme un modèle prêt à être importé. Nous aurions tort cependant de ne pas nous inspirer de ses traits les plus intéressants, en particulier la place de la culture dans les universités.

On sait quelle place a la culture dans les universités françaises: nulle. Les raisons en sont multiples : la faiblesse historique des universités françaises, au moins depuis le XVIII ème siècle; la méfiance des pouvoirs de droite à l’égard des étudiants depuis 68 et la délocalisation des centres universitaires à l’extérieur des centres urbains ; la politique de sous-financement des universités par la même droite après De Gaulle. Mais la gauche, si elle a, en général, apporté plus de moyens aux universités, n’a pas, pour autant développé de politique culturelle en direction des universités, ni même favorisé les initiatives en ce sens.

Il se crée ainsi une situation doublement préjudiciable, pour la culture et pour les étudiants. La période des études n’est pas mise à profit pour apporter une formation culturelle de bon niveau, ce qui renforce d’autant la conception utilitariste, non humaniste, des études. Et il n’est pas répondu aux besoins et à la demande exprimée du public étudiant, ce qui diminue d’autant les activités culturelles exigeantes, et la fréquentation des œuvres de référence. La culture des jeunes formés au niveau supérieur tend ainsi de plus en plus à ressembler à celle de leur classe d’âge, illustrant une nouvelle fois le nivellement culturel par le bas. On sait par exemple depuis longtemps que les jeunes scientifiques lisent très peu de livres. Le ministère de la culture qui ne s’est presque jamais occupé des étudiants est bien obligé de constater que la fréquentation par exemple du spectacle vivant, ou des musées, n’est pas simplement limitée à la  » classe moyenne « , ce qui déjà pose problème, mais qu’elle est même bien loin de recouvrir la majorité de cette couche.

Voici quelques chiffres donnés par Frédéric Martel. On trouve dans les 4182 établissements d’enseignement supérieur américains : 700 musées ou galeries, 300 radios, 110 maisons d’édition, 3527 bibliothèques, 345 salles de concert pop ou rock et 2300 centres de spectacle professionnel. Ces organismes, définis comme  » art extensions « , sont le produit à la fois du développement spectaculaire des universités publiques après guerre, et des programmes culturels du New Deal. Ils sont à la fois les lieux des  » pratiques amateurs  » sur les campus, et à travers les musées et les  » performing art centers « , les instruments d’une politique d’  » excellence culturelle « . Tournés d’abord vers les étudiants, ils sont aussi pour l’université le moyen de s’ouvrir au public extérieur qui contribue au financement de l’enseignement supérieur. Cette activité est le fondement du diplôme de Master of Fine Arts, qui tend à devenir une norme internationale. En réalité aujourd’hui le système universitaire est le premier employeur d’artistes aux Etats Unis. Lisez le chapitre  » Campus  » du livre de Frédéric Martel, il est passionnant.

De la culture dans les universités : c’est une orientation que nous appuierons à l’occasion des deux campagnes électorales.

Etienne S. Bonnet

Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Gallimard, 2006.

Site de Frédéric Martel:
http://www.fredericmartel.com

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