Un candidat à la fonction présidentielle a-t-il la possibilité, dans une démocratie moderne, de garder secret un passage de sa biographie ayant trait à un événement aussi important que Tchernobyl? C’est la question que nous posions dans un article précédent en essayant de faire le point sur cet épisode de la carrière du candidat néo-conservateur.

Nous faisions remarquer que les grands médias étaient bien silencieux. Depuis, Le Monde.fr a cessé de faire la carpe et confirmé la totalité des informations que nous avions reprises sur ce site. Mais sans beaucoup faire avancer l’information.

Le Monde confirme

N’allons pas nous vanter : Le Monde confirme, mais du bout des lèvres, en passant autant de temps à  » décrypter  » ce qu’il croit pouvoir qualifier de rumeur sur internet.

Voici ce qui est confirmé par Claire Ané, dans un article intitulé  » Sarkozy et Tchernobyl : la rumeur qui court le net « , du 11/04/07, dans Le Monde.fr.

Nicolas Sarkozy a bien été chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques en 1987 au ministère de l’Intérieur. Sources : le Who’s who ?, les archives du site du Ministère des Finances, les bios de l’Express, et le Bulletin de la Société générale de Presse.

Selon cette dernière source, il y serait resté de mars 1987 à mai 88. Autrement dit, l’hypothèse d’un passage éclair peut donc être écarté. Les contacts de la journaliste lui confirment que cette période correspond à une grosse activité de désinformation du gouvernement français.

D’après Michèle Rivazi, fondatrice de la CRII-rad (commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité), citée par Le Monde.fr, c’est notamment la période où le gouvernement couvre totalement le Professeur Pierrre Pellerin, directeur du SCPRI (service central de protection contre les rayonnements ionisants).

Sur le rôle et la responsabilité du candidat de la droite, on n’en sait pas plus.

Quelles étaient ses fonctions exactement, et quelles positions a-t-il adoptées sur le sujet ?

Rappelons qu’à l’époque, Nicolas Sarkozy n’était pas un stagiaire de 18 ans, mais le maire de Neuilly et le vice-président du 92, âgé de 32 ans. Rappelons aussi qu’en tant que ministère en charge de la sécurité civile, le ministère de l’intérieur (à l’époque dirigé par Pasqua) est le ministère qui traite le dossier, en première ligne, et de la manière qu’on sait.

Claire Ané donne une plaisante citation de Nicolas Sarkozy lors de la convention de l’UMP sur l’écologie, le 19 Octobre 2005, à l’Assemblée nationale:

 » Il n’est pas normal dans une grande démocratie comme la nôtre, que le secret continue de régir l’action de l’administration et, à la vérité, des élus qui la dirigent. Des erreurs comme celle de l’amiante, le mystère qui entoure le trajet exact du nuage de Tchernobyl, ne sont plus acceptables « .

Le Monde décrypte

Malheureusement, Le Monde consacre beaucoup de temps à décrypter la rumeur, sans pour autant élargir l’information ou approfondir l’analyse.

Nous sommes bien obligés de souligner que cette affaire précise n’a rien d’une rumeur sur internet. Au contraire, c’est un cas assez pur d’une information émise dès avril 2006, par le collectif  » Sortir du nucléaire « , et qui, après une année entière de black-out par les médias, se trouve ainsi confirmée. Certains ont pu broder au passage. On a ainsi inventé une  » Délégation Interministérielle  » dirigée par Nicolas Sarkozy, et on lui a attribué à tort la propagande mensongère sur le nuage arrêté à la frontière. Culture critique a précisément montré le caractère erroné de ces affirmations. Mais l’information de base était bonne.

Le fait que d’autres (le mail  » qui suis-je ?) aient trouvé utile de regrouper cette information avec d’autres éléments assez discutables ne change rien. En ce qui nous concerne, nous n’avons repris aucun de ces éléments.

Alors, désolé, le problème, ce n’est pas la rumeur ou le  » buzz  » sur internet, c’est le black-out ou la censure dans les journaux.

Electeurs cherchent journalistes

Finalement, l’information est confirmée, mais dans le même état qu’en 2006, quand le collectif pose sa question.

Nous sommes bien d’accord avec Nicolas Sarkozy :

« Il n’est pas normal dans une grande démocratie comme la nôtre, que le secret continue de régir l’action de l’administration et, à la vérité, des élus qui la dirigent.  »

Est ce si difficile, dans notre pays, de faire une enquête sur un sujet aussi important ?

Journalistes français, encore un effort !

Article de Claire Ané, dans LeMonde.fr

Premier article de Culture Critique sur ce sujet

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Il y a peu de raisons de se satisfaire du débat lancé sur l’identité nationale, après la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de l’identité nationale et de l’immigration.

Au contraire, le risque d’une lepennisation des esprits, c’est à dire d’une lepennisation de l’esprit public, est bien là, avec son corollaire inquiétant : la difficulté des démocrates, notamment de gauche, mais aussi des libéraux (dans le sens philosophique de partisans des Lumières) à y faire face, et même l’incroyable incapacité des intellectuels non seulement à se faire entendre, mais même à s’exprimer : tant de silence au milieu de tant de bruit.

Voici notre contribution en deux parties.

REMARQUES SUR L’IDENTITE NATIONALE (1)

Nation, république, identité

Deux remarques préliminaires sur la nation

Non seulement il n’est pas mauvais, mais il est souhaitable, et approprié dans le contexte actuel, que les politiques traitent de la question nationale.

La nation ne se confond pas avec la société. Leurs composantes ne se recouvrent pas ; elles sont deux figures différentes de l’être ensemble. La nation ne saurait pas plus se réduire à la république. Dire  » la nation, c’est la république  » ne vaut que si on entend :  » du point de vue politique, la nation, c’est la république, c’est à dire que la république ne repose pas seulement sur les citoyens, mais sur les citoyens français et qu’elle ne connaît pas simplement les Français comme citoyens, mais la France même « .

La reconnaissance politique de la nation passe par la république. Mais le cadre politique permet seulement à la nation d’exister, il n’en donne pas le contenu ; c’est la culture qui fabrique de la consistance : transition du  » je  » au  » nous  » et travail du  » nous  » sur le  » nous « .

Si ce point est accepté, on ne s’offusquera pas a priori que les politiques rapprochent  » nation  » et  » menaces sur la nation « , puisque précisément leur rôle, en tant que politiques, est de garantir les conditions d’existence de la nation.

Encore faut il que de telles menaces existent et qu’elles soient correctement identifiées. Ségolène Royal, plusieurs intellectuels, et même Simone Weil ont condamné le rapprochement, dans l’intitulé du ministère, entre  » identité nationale  » et  » immigration « , qui ne peut pas ne pas amener la conclusion que l’immigration est une menace, ou un risque, pour l’identité nationale.

C’est d’ailleurs ce que Nicolas Sarkozy a lui même confirmé dans son discours de Besançon (1), en rapprochant la  » crise d’identité  » que connaîtrait la France et l’immigration : si les immigrés posent problème, c’est parce qu’ils ne respectent pas les  » valeurs françaises « .

Il n’est pas besoin d’être très imaginatif pour voir la similitude entre une telle proposition et les idées de Le Pen. Certains s’inquiètent de ce que ces idées plairaient, c’est vraisemblablement qu’ils ont vécu dans un autre pays ces vingt dernières années.

Ces idées ne sont pas seulement lepennistes, elles sont fausses. Ce n’est pas la nation qui est menacée, et ce n’est pas par l’immigration. C’est la culture qui est non seulement menacée mais mise à mal, et en profondeur. Et de cette situation d’abaissement de la culture s’ensuivent des difficultés de tous ordres, pour la nation, la société, la république, une de ces difficultés étant les ratés de l’intégration.

Pour autant, il ne suffit pas de critiquer le rapprochement entre  » identité nationale  » et  » immigration « , il faut aussi interroger la notion même d’  » identité nationale « .

Qu’est ce que l’identité nationale ?

Par définition l’idée de nation emporte celle de différences entre les nations, de particularités nationales.

En dépit de leur proximité ou de leur ressemblance, la nation française et l’italienne diffèrent.

Pourtant on sent bien qu’à utiliser la formule d’  » identité nationale « , on cherche à dire tout autre chose que la somme des différences réelles qui particularisent une nation comme telle; d’ailleurs de cet ensemble de particularités, on ne saurait tirer aucune politique, en particulier dans un cas comme la France (ce qui incite à peu de considération pour la rhétorique de la  » synthèse nationale « ).

L’identité renvoie à autre chose qu’aux signes distinctifs. Elle évoque une notion de modèle, de France idéale et de Français types auxquels pourraient être comparés, non seulement les immigrés, ou tout étranger, mais aussi les Français réels, vivants ou morts.

Cette idée, en tant qu’idée politique, est dangereuse pour plusieurs raisons.

La première est d’ordre simplement expérimentale, mais l’expérience est lourde. L’histoire a montré que les tentatives politiques de définir et soutenir une identité française ne pouvaient aboutir qu’à sélectionner certains moments, certaines figures, certains traits, au détriment d’autres.

Cette manière de fabriquer de l’identité nationale s’exerce toujours contre quelqu’un, à vrai dire contre plusieurs : les ennemis, les exclus et ceux qui se refusent à cette conception là de l’identité.

Cela vaut pour les plus hauts exemples que nos politiques modernes ne sont pas près d’approcher. Qui sauf les érudits connaît encore Gomer et son fils Francion ? Le deuxième était pourtant suffisamment célèbre au XVII ème siècle pour représenter la France dans une pièce de Richelieu sur l’Europe. Francion est le modèle, l’idéal type. Il a tout pour inspirer Mr Guaino, auteur des discours de Nicolas Sarkozy et grand amateur de lecture allégorique de l’histoire. Mais Francion c’est aussi l’exclusion des protestants et la guerre interminable contre l’Espagne.

De ce type de fables identitaires, on dira qu’elles sont acceptables si l’hostilité qu’elle véhiculait était légitime. Mais après, faut-il ressasser?

Aujourd’hui, il n’y a qu’une façon d’interpréter les références de Le Pen à Charles Martel, ou la récurrence des Croisades chez Nicolas Sarkozy. De fait tout le monde comprend la même chose.

Doit on, pour autant, se contenter des mille particularités qui caractérisent une nation, sans essayer de dégager les principes de cette singularité nationale ?

La réponse est simple, directe ; et elle nous mène, ou nous ramène au cœur de la critique du projet politique de Nicolas Sarkozy.

Une telle opération est possible, mais elle ne relève pas de l’action politique ou de la gestion administrative ; c’est un travail culturel.

Ce travail culturel appartient à tous les Français, comme le dit Tzvetan Todorov,  » dans le mouvement et les rencontres « . Et il appartient en premier lieu aux hommes et aux femmes de culture, qu’il s’agisse de recherche historique, anthropologique, de littérature ou de peinture, etc.

Des recherches très différentes comme celles de Braudel ( » L’identité de la France « ) ou Legendre, pour l’Occident, pourraient être citées. A l’évidence, elles ne sont d’aucun secours pour une démarche comme celle du candidat de la droite.

Quelle que soit la définition retenue de l’identité nationale, ce n’est pas un domaine d’action ministérielle.

La marmite identitaire

Il n’est pas difficile d’attiser le feu sous la marmite identitaire ; il n’est même pas besoin de dire clairement ce qu’on entend par  » identité nationale « .

Dans son livre sur les religions, Nicolas Sarkozy vantait à la fois l’espérance spirituelle, et l’identité religieuse, l’identité  » républicaine  » ne pouvant suffire, selon lui, à la construction morale de la personne.

En mars dernier, il troqua l’identité religieuse contre l’identité nationale, selon lui en crise et menacée. Il déclara lui même qu’il avait failli parler  » d’identité républicaine  » mais qu’Arno Klarsfeld l’en avait retenu.

Finalement cette identité nationale, dans le discours de Besançon, est qualifiée de culturelle.

L’impression domine qu’il faut marteler le thème de l’identité sans souci de vraisemblance.

La liste des  » valeurs françaises  » constitutives de l’identité s’apparente plutôt au catalogue des principes généraux du droit des démocraties européennes :

 » Je veux défendre la séparation du temporel et du spirituel…la liberté de l’esprit…la justice…l’égalité de l’homme et de la femme…la neutralité du service public…la laïcité…la liberté de conscience…la liberté d’expression…la république, la démocratie et les droits de l’homme  » (liste exhaustive).

Tout cela ressemble plus au contenu de l’écartée  » identité républicaine  » qu’à une conception de l’identité nationale. En soi, il n’y aurait rien d’absurde à souligner dans une campagne présidentielle les grands principes juridiques qui instituent le fait national. Mais visiblement, on s’est contenté ici d’aligner institutions, principes et valeurs dans le seul but d’insinuer qu’il pouvait y avoir un problème avec les immigrés.

Mais s’il s’agit d’insister sur le respect de l’ordre légal par les immigrés, pourquoi utiliser l’identité nationale ?

En réalité, l’identité nationale du candidat de droite est une parfaite tautologie : c’est ce qui est en crise, menacée par l’immigration ; et ce que menace l’immigration, c’est l’identité nationale. De ce point de vue, ne nous précipitons pas à confondre cette conception de la nation avec celle de l’extrême droite.

Philosophiquement, puisqu’un magazine vient de le promouvoir philosophe, Nicolas Sarkozy est un parfait post-moderne. L’idéal-type de la nation française pour l’extrême droite est plein et précis, dangereusement plein et précis, celui du candidat de droite est informe et vide. La même ligne de partage distingue en Italie Gianfranco Fini, traducteur et proche politiquement de Sarkozy, et Umberto Bossi.

Le concept vide d’identité nationale en crise est un des traits distinctifs de la nouvelle droite américaine et européenne.

Dans la suite de cet article, nous analyserons la place de la culture dans cette idéologie.

(1) Nicolas Sarkozy, discours à Besançon, 13 mars 2007

(2) Tzvetan Todorov,  » Un ministère indésirable dans une démocratie libérale « , Le Monde du 17 mars 2007

TchernobylEnFrance

Si cette nouvelle est confirmée, elle est absolument stupéfiante : Nicolas Sarkozy aurait été responsable des risques chimiques et radiologiques au ministère de l’intérieur en 1987, et à ce titre aurait été en charge du traitement des effets de Tchernobyl sur la population française

Dans la mesure où les grands médias qui en auraient le moyen n’ont pas encore trouvé le temps ou le courage de nous informer sur ce sujet, et dans la mesure aussi où le « buzz » internet sur cette question doit être pris avec précaution, nous essayons ici de faire le tri entre certain et possible.

D’abord : l’histoire de la « révélation ».

Le 26 avril 2006, le réseau « Sortir du nucléaire » interpelle Nicolas Sarkozy sur son rôle au ministère de l’intérieur, à l’époque de Tchernobyl.

La consultation de la biographie de l’Express confirmera aux curieux que le futur candidat était bien, comme « Sortir du nucléaire » l’affirme, « chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques » au ministère de l’intérieur, dirigé à l’époque par Charles Pasqua.

La notice de l’Express, dérivée apparemment de celle du Who’s who ?, précise que Sarkozy a occupé ces fonctions en 1987, sans que, curieusement les dates de début ni de fin ne soient précisées.

Le titre ne permet pas de savoir si Sarkozy est chargé de mission au cabinet de Pasqua, ou (à un niveau moins élevé) dans l’administration du ministère.

A cette date, il n’est plus tout à fait un jeune homme : il a trente deux ans et cumule déjà les fonctions de maire de Neuilly, vice-président du conseil général des Hauts de Seine, et conseiller régional.

La notice de l’Express semble fiable. Certes la référence à ces fonctions ne figure pas dans la biographie officielle de Sarkozy des archives web du ministère de l’intérieur, ni sur les sites complaisants de pseudo information biographique, sans parler de l’hagiographie ultra professionnelle de Catherine Nay. Mais on en retrouve de nombreuses traces, y compris sur des sites ou d’autres sources favorables à Nicolas Sarkozy : nous donnons comme exemple les archives du ministère des finances.

Mais l’explosion de Tchernobyl ayant eu lien fin avril 1986 et Sarkozy étant en charge du dossier en 1987, son rôle exact reste à définir.

A priori, c’est le bon ministère (la sécurité civile relève de l’intérieur), et le bon titre (risques chimiques et radiologiques). Cependant la qualité de « chargé de mission » n’est pas celle d’un décisionnaire ministériel, même si, compte tenu de ses responsabilités politiques et de sa proximité avec le ministre, on peut présumer que Sarkozy ne s’est pas contenté de faire des notes.

En tout état de cause, le contenu de son intervention est inconnu. On sait cependant que le gouvernement est engagé à l’époque dans une grande entreprise de désinformation : si, a priori, Sarkozy n’a rien à voir avec la propagande ridicule sur les nuages radioactifs miraculeusement arrêtés à la frontière, il est en charge du dossier au moment où le gouvernement Balladur entreprend de minorer systématiquement les effets de Tchernobyl sur les populations françaises.

La demande de « Sortir du nucléaire » semble donc légitime et adaptée. Pourtant elle reste sans réponse et les grands médias se gardent bien de reprendre l’information ni la question.

Trouble sur internet

Dans les dernières semaines, un mail circule abondamment : c’est une sorte de portrait chinois qui invite à reconnaître Sarkozy. Nous ne reprenons pas le texte de ce mail qui nous semble trop approximatif. Il existe d’ailleurs dans plusieurs versions, dont une pratique (sur un autre sujet que Tchernobyl) un type d’insinuation ou d’amalgame déplaisant. La rumeur gonfle et s’amplifie sur les blogs.

Par exemple, Claude-Marie Vadrot fait rebondir l’information en donnant à Sarkozy le titre de « Délégué interministériel pour les énergies et le nucléaire » et en affirmant « C’est lui qui a orchestré, en coulisses, le célèbre arrêt du nuage de Tchernobyl aux portes de la France ». On ne trouve pas de sources, ni de traces de ce « délégué interministériel » ; cette imputation est probablement fausse. Et Sarkozy n’était pas en fonctions quand le nuage s’est arrêté.

Le 28 mars, le Nouvel Observateur met en ligne sur son site internet, dans la rubrique « humour », le mail qui continue à circuler. Le site de José Bové reprend l’information. Pour le moment, à notre connaissance, ni la presse écrite, ni les médias audiovisuels n’ont repris le sujet.

Il est pourtant important et même fondamental.

Il ne s’agit pas ici d’informations sur la vie privée ni de critiques sur la personne mais de responsabilité publique sur un événement absolument majeur.

La mission précise, le rôle effectif, et le contenu des positions prises par le candidat font partie des informations auxquelles ont droit les électeurs dans toute démocratie.

L’actuel black-out et la désinformation sont en soi révélateurs.

Voir communiqué de presse du 26 avril 2006 de « Sortir du nucléaire »

Notice de l’Express

Article de Vadrot

Archives du ministère des finances

FiniPréfacierdeSarkozy

Nous tirons du site  » desmotsetdebats  » cette photo de l’édition italienne du livre de Nicolas Sarkozy préfacée par Gianfranco Fini.

A la suite de l’article précédent,  » L’axe de fer Fini-Sarkozy « , il nous semble opportun de revenir sur cette proximité des deux leaders de la nouvelle droite.

Depuis que cette information a été révélée par le Courrier International et largement reprise sur le web, on assiste en effet à une opération de brouillage visant à faire croire que les commentateurs, de gauche ou simplement démocrates, qui s’inquiètent de cette accointance, ne seraient que trop pressés de poser l’équation : Fini = Sarkozy = fasciste.

Or, sachant que Fini, ancien leader du MSI n’est plus fasciste, Sarkozy ne saurait l’être…

On ne saurait mieux caricaturer un débat politique. Car, si Sarkozy n’est pas d’extrême droite, il est bien le modèle reconnu et revendiqué par Fini de la nouvelle droite européenne.

Mais, avant d’aller au fond, voici un échantillon d’éloge transalpine :

 » Le témoignage de Sarkozy est devenu récit de vie et programme politique, identité et dynamique intérieure avant que publique, analyse et compréhension de soi-même, contribution originale à une grande construction collective qui implique l’évolution de la droite et de la Ve République voulue par le général de Gaulle en 1958.  »

Quels sont leurs points communs ?

1/ L’autoritarisme et l’idéologie sécuritaire

Ce thème a permis à Fini de rafler les troupes du MSI au moment où il l’a quitté et à Sarkozy d’espérer gagner celles de Le Pen.

2/ Le bellicisme

L’un et l’autre étaient partisans de la guerre en Irak, participation devenue effective dans le cas de l’Italie, cependant que Sarkozy devant la déconfiture américaine se voit obligé de revenir au bercail et rendre hommage à Chirac (sans évidemment mentionner Villepin, promoteur de la position française indépendante).

3/ L’atlantisme

Dans le cas de Sarkozy, il se teinte d’américanisme. L’un et l’autre combinent un nationalisme de façade et un ressentiment mal caché contre les  » atavismes  » et les défauts supposés de leur pays par rapport au modèle américain. Ils n’aiment pas l’Europe.

4/ L’instrumentalisation de la religion

Fini, qui est l’ennemi historique de la démocratie chrétienne, a trouvé excellente la contribution de Nicolas Sarkozy sur ce sujet : rupture avec la laïcité française et le rationalisme, reconnaissance du rôle de toutes les religions comme  » facteur d’apaisement et de régulation « .

La première préface accordée par Fini à Sarkozy était d’ailleurs celle de l’ouvrage précédent  » La république, les religions, l’espérance « .

5/ La main mise sur les médias

Fini, bien qu’ici, évidemment, le maître italien hors catégories soit Silvio Berlusconi, et Sarkozy, à travers ses liens, tissés de longue date, depuis l’époque de Neuilly Communications, avec les responsables de la presse, de l’audiovisuel et du show-business, pratiquent sans vergogne la fusion directe des pouvoirs politiques, médiatiques et financiers.

6/ La nouvelle droite

Le reste est secondaire. En matière de politique économique, les deux hommes sont des opportunistes.

Nous venons de décrire à grands traits le programme commun de ce que Fini appelle la  » nouvelle droite européenne « , des néos-conservateurs américains et de la droite sarkozyste.

Il faut souligner que l’un et l’autre ont rompu avec deux traditions auxquelles ils appartenaient et qui reposaient sur le  » ni droite ni gauche « , l’une respectable, le gaullisme, et l’autre qui ne l’est pas, le néo-fascisme.

Sarkozy depuis qu’il ambitionne d’être leader national, s’est toujours vanté de réhabiliter à la fois la droite, et le parti de droite, position étonnante pour un soit disant gaulliste.

Cette politique de la nouvelle droite a trouvé malheureusement à s’appliquer en Italie.

On se fera une idée assez précise de ses effets sur la culture en lisant le livre d’Antonio Tabucchi  » Au pas de l’oie : chronique de nos temps obscurs  »

Aux essayistes et blogueurs français qui s’offusquent de voir dénoncer cette proximité, nous avons envie de répondre : gardez vos amis italiens, nous gardons Tabucchi et Moretti.

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Le 21 Janvier, le Comité Désirs d’avenir du VI ème arrondissement organisait une réunion participative au Théâtre du Lucernaire. A cette occasion, il avait demandé à un représentant de Culture Critique d’introduire la réunion.

Voici les notes de cette intervention.

Les lecteurs de Culture Critique retrouveront au début les grands traits déjà présentés dans la série « Le facteur culturel dans la campagne présidentielle (1) et (2) ».

La culture est elle présente dans la campagne ?

Si on s’en tient aux approches qui ont prévalu dans plusieurs colloques et rencontres récentes, la culture serait absente de la campagne présidentielle.

L’idée que les deux principaux candidats se désintéresseraient de la « politique culturell  » était l’angle d’attaque explicitement retenu par Arte et France Culture pour le colloque de décembre à la Cinémathèque.

Même chose pour la rencontre au Théâtre de l’Est Parisien.

L’autre idée, fréquemment associée à la première, consiste à souligner la « proximité » de la droite et de la gauche sur ces questions. C’est, par exemple, le point de vue retenu par Le Monde pour exposer les résultats de son sondage sur les français et la politique culturelle.

Je pense qu’une telle approche est un pur effet d’optique, une conséquence de la réduction du facteur culturel au seul secteur suivi par le ministère de la culture, et même aux seules mesures immédiates qui pourraient être prises dans ce secteur.

On aboutira à des constatations bien différentes en adoptant une autre conception du facteur culturel.

Premièrement, en rétablissant l’unité du champ culturel ; concrètement, en rapprochant, ce qui dans le découpage ministériel, est attribué à l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur, la recherche, la culture, la communication.

On ne peut plus penser ni agir en séparant, par exemple, l’enseignement artistique et les musées, ou, autre exemple, l’audiovisuel et l’éducation.

Deuxièmement, en considérant le domaine de la culture comme un tout, comme un ordre qui possède ses propres logiques, et en particulier ses propres principes d’évaluation, et dont l’articulation avec le politique et l’économie doit être profondément repensée.

Exemple : le débat sur le Louvre ne peut être réduit à une question de simple gestion ou purement symbolique ; il suffit de le rapprocher des propositions tenant à créer des « marques universitaires ».

Enfin, la culture est aussi une dimension personnelle : la « culture de soi », la conception humaniste et républicaine visant précisément, au-delà de l’accès aux œuvres et du développement des pratiques, à permettre une démocratisation de cette culture de soi.

C’est dans cette perspective, par exemple, qu’on doit interroger le lien entre le désarroi des adolescents, les addictions et conduites à risque et les difficultés scolaires.

Nous avons la conviction qu’ainsi redéfini autour de ces trois axes, le facteur culturel est à la fois très présent dans la campagne présidentielle et très « discriminant », c’est à dire qu’il est un des principaux points de clivage droite-gauche.

Clivage qui s’organise en particulier autour de deux grands thèmes : le lien social et la société de la connaissance.

Culture et lien social

La question du lien social, du « vouloir vivre ensemble » est au cœur du débat public, en particulier à travers les questions de l’insécurité et de l’incivilité, de l’identité collective, et du mal-être de nombreux jeunes.

On a d’ailleurs retrouvé ces trois aspects dans la « crise des banlieues » de 2005.

Ségolène Royal : civilité, famille, culture, école, tout se tient

Les français ont d’emblée remarqué que Ségolène Royal tranchait avec une approche de l’insécurité fréquente à gauche que l’on pourrait définir comme « économiciste ».

Elle n’excuse pas la délinquance ; elle ne cherche pas à ramener l’insécurité aux seules causes matérielles (logement, urbanisme, chômage). Au contraire, elle rappele que le droit à la sécurité est encore plus précieux pour ceux qui vivent les situations les plus difficiles. En même temps, elle montre que l’incivilité a d’abord pour cause l’affaissement du lien social et propose précisément de le rétablir autour du facteur culturel.

« Tout se tient : emploi, sécurités, famille, école. Quand un maillon vient à manquer, c’est toute la chaîne qui est fragilisée. »
(Frangy, 20 août 2006)

C’est le sens en particulier des propositions sur l’école : service public de la petite enfance, lutte contre le décrochage scolaire, soutien scolaire individuel et gratuit, augmentation de la présence adulte dans les établissements.

« Je crois moi que la gauche est la seule capable de remettre l’éducation au cœur de tout, de remettre l’école d’aplomb, de remettre de la culture partout, sur tout le territoire, de donner à chaque enfant le droit à la culture et à une ambition scolaire ainsi qu’à la récompense de l’effort. »
(Vitrolles, 29 septembre 2006)

Tout se tient du côté des causes : la prostration devant la télé et le manque de concentration en classe, l’addiction à la consommation et la routine des transgressions, le refus du monde commun transmis par la famille et celui du savoir enseigné à l’école.

Tout se tient du côté des remèdes. Inutile de chercher des boucs émissaires. IL faut à la fois renforcer chaque maillon : l’école, la famille, le quartier, la cité, et l’associer aux autres plus solidement.

La démocratie participative, ici, n’est rien d’autre que la méthode pour permettre à chacun de s’impliquer dans cette reconstitution du lien social.

Nicolas Sarkozy : idéologie sécuritaire et religions

On sait que Sarkozy a beaucoup misé sur le rétablissement de la sécurité. Il faut donc être précis sur le bilan de sa politique, assez systématiquement confondu avec celui des services de police. Ce bilan se résume en deux points : la délinquance constatée est en baisse, sauf dans le domaine des atteintes à la personne ; dans ce domaine, malgré l’augmentation du nombre d’affaires traitées et résolues, la délinquance est en hausse.

Autrement dit, l’insécurité réelle, celle que les Français subissent de plein fouet à travers les atteintes à la personne, a augmenté malgré les succès de la police. Sarkozy aura ainsi apporté la démonstration qu’une politique du tout sécuritaire, cantonnée à la répression sans reconstitution du lien social est vouée à l’échec.

En réalité, il est parfaitement conscient des échecs de la politique inspirée par l’idéologie sécuritaire. De même, il sait très bien que la dénonciation démagogique du laxisme (des policiers de proximité aux animateurs en passant par les juges et les enseignants), si elle peut plaire à une petite frange de l’électorat, finit par se heurter à la réalité : l’opinion publique a fini par se rendre compte que les enseignants étaient bien les victimes et non pas les responsables de l’incivilité et de l’insécurité.

Si la seule répression ne marche pas, il fallait chercher ailleurs. Et Nicolas Sarkozy, probablement égaré par son américanisme, redécouvrit un fondement de l’ordre que peu d’hommes politiques avaient mentionné depuis cinquante ans : la religion.

Voici quelques extraits de son livre « La République, les religions, l’espérance » :

« Je suis convaincu que l’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté ».
« On aurait tort de cantonner le rôle de l’église aux seuls aspects spirituels ».
« La dimension morale est plus solide, plus enracinée, lorsqu’elle procède d’une démarche spirituelle, religieuse, plutôt que lorsqu’elle cherche sa source dans le débat politique ou dans le modèle républicain ».
« Maintenant que les lieux de culte officiels et publics sont si absents de nos banlieues, on mesure combien cet apport spirituel a pu être un facteur d’apaisement et quel vide il crée quand il disparaît ».

L’homme, Nicolas Sarkozy, a parfaitement le droit d’avoir ce type de croyance ou de conviction. Le ministre des cultes en revanche sort complètement de son rôle lorsqu’il traduit « La République ne reconnaît aucune religion » (loi de 1905, séparation des églises et de l’Etat) par « La République reconnaît toutes les religions ».

Comme le dit Régis Debray, les religions, en tant qu’institutions humaines, oscillent entre « fraternité » et « hostilité ». Qui ne voit que cette formulation correspond mille fois mieux à la réalité que les incantations sur le rôle d’apaisement et de régulation de la société que devrait prendre les religions ? En particulier, aujourd’hui.

En rompant avec la laïcité, Nicolas Sarkozy prend donc -assez légèrement- une lourde responsabilité. Mais la signification de cette rupture est évidente. Il s’agit purement et simplement de faire en sorte que la religion prenne la place de la culture, que le facteur religieux absorbe le facteur culturel.

On est loin ici d’une République qui pourrait œuvrer au rétablissement du lien social. Qui, en particulier, à travers l’école, permettrait que se développe cette culture de soi qui est la base nécessaire de la civilité, et du vouloir vivre ensemble.

Les religions pour « l’ordre intérieur », et la police de répression pour « l’ordre extérieur », il n’y a aucune place pour la culture dans cette vision fonctionnaliste, profondément anti-humaniste de la personne et de la société qui est celle de Nicolas Sarkozy.

La société de la connaissance

Autre thème qui illustre bien la présence du facteur culturel dans la campagne présidentielle et la pertinence du clivage gauche/droite : la « société de la connaissance ».

De manière très simplifiée, on peut dire que ce clivage est de deux ordres.

Quantitatif : la droite française par idéologie et méfiance des professions intellectuelles refuse l’effort financier nécessaire. D’une certaine façon, elle ne croit pas à la société de la connaissance et ce n’est nullement par hasard si la France, depuis cinq ans, a reculé à ce point par rapport aux objectifs de Lisbonne.

Mais le clivage est tout autant qualitatif. La conception fondamentale de Sarkozy, Raffarin, c’est de ramener la société de la connaissance à une adaptation de la société à l’économie de la connaissance. La conception de Ségolène Royal, rejoignant ainsi le mouvement des chercheurs, est de réarticuler différemment l’économie et le savoir, au sein de cette société de la connaissance.

Ségolène Royal : une société de la connaissance ouverte

La candidate du PS renoue avec une conviction : en France, à l’exception du Général de Gaulle (mais il s’était entouré d’hommes de gauche, en particulier mendésistes), c’est toujours le parti du « mouvement », les républicains, les démocrates, la gauche qui s’est engagé en faveur de la « connaissance » (on disait auparavant « l’esprit ») ; et toujours le parti conservateur s’y est opposé.

« Je crois, moi, que la gauche est la seule capable de remettre l’éducation au cœur de tout »
(déjà cité)

« Je crois que la gauche est la seule capable de développer une société de connaissance ouverte ».
(Hebdo des socialistes, 28 octobre 2006)

Elle n’aborde pas cette question avec un point de vue lénifiant, qui occulterait les contradictions propres à cette société de la connaissance.

« La société de la connaissance est tiraillé entre une prodigieuse dynamique de coopération, de création et de partage des connaissances et un puissant « capitalisme informationnel » qui tente de s’assurer le contrôle de larges pans des productions intellectuelles futures. »
(28 octobre 2006)

Nos économies ont besoin d’un capitalisme informationnel puissant, en particulier pour tirer parti de la mondialisation. Mais la puissance publique doit en limiter les excès (la tendance au contrôle total de la connaissance). Plus encore, elle doit stimuler et favoriser l’approche culturelle et ses logiques propres, originales par rapport à l’économie, qu’il s’agisse de création ou de diffusion de la connaissance.

Cette orientation générale est renforcée par des positions concrètes :
– aider financièrement les étudiants
– sortir la recherche du pacte de stabilité européen
– investir plus dans la recherche (10% de plus par an de dépense publique)
– promouvoir les logiciels libres et les biens communs informationnels
(Sur ce point, voir l’entretien avec Richard Stallman, 28 juin 2006).

Les biens communs informationnels sont particulièrement nécessaires pour permettre le développement autonome de la science (et de la culture) en même temps qu’une relation équilibrée avec l’économie.

Nicolas Sarkozy : jouer l’économie contre la connaissance et la culture

Dans un discours récent adressé aux chercheurs, Nicolas Sarkozy a essayé de faire oublier son rôle dans le gouvernement Raffarin, lorsque, ministre de l’economie et es Finances, il organisait les coupes sombres dans le budget de la recherche publique.

A cette occasion, il a proposé « d’augmenter d’un quart le financement de la recherche publique, soit quatre milliards d’euros ». En réalité, cette proposition ne fait que reprendre le pacte pour la recherche du gouvernement Villepin. Or ces quatre milliards, comme l’indiquent Alain Trautmann et Henri Audier, semblent correspondre aux fonds publics pour la recherche, et non au budget de la recherche publique . Ce dernier augmenterait donc en réalité de 2% par an.

Quand à l’orientation générale, il apparaît assez clairement que, pour Sarkozy, la société de la connaissance se réduit à l’économie de la connaissance.

On a pu l’entendre ainsi, lors de la conférence des blogueurs organisé par Loïc Le Meur, un de ses groupies, attbuer le développement du Web.2 aux seules entreprises et incriminer les retards dus à l’Etat,

semblant tout ignorer du rôle joué par le monde de la recherche et les universités dans le développement du web sous toutes ses formes.

De la même manière, à l’occasion de la discussion sur la loi sur le droit d’auteur, il ne s’est pas contenté de reprendre, en tant que ministre de l’intérieur, l’approche du tout répressif ; il s’est fait aussi, en grand ami du show business, le relais des revendications immédiates des industriels du disque, au risque même de bloquer la recherche de compromis réalistes.

Evaluation de la recherche, suppression du ministère de la culture

Voici, pour finir, ce qui nous semble être le meilleur exemple de la nécessité de reconstituer l’unité du champ culturel afin de mieux comprendre quelles menaces graves pèsent sur la culture en général.

Au dictionnaire des idées reçues de la droite néo-conservatrice, on pourrait, en détournant Flaubert, écrire ceci :
 » L’évaluation, dire: les intellectuels (les artistes, les chercheurs, les universitaires) l’oublient toujours « .

La dénonciation du fonctionnement des universités et des organismes de recherche, leur réorganisation à partir d’une évaluation financière sont systématiquement présentées comme les conditions sine qua non du développement de la recherche. Chose curieuse pour des « libéraux », on assiste à la mise en place d’un véritable dirigisme d’état sur la recherche, structuré autour du chantage au financement et de l’évaluation.

« Une réforme, des moyens financiers, pas de réforme, pas de moyens financiers. »
(Saclay, le 18 Janvier 2007)

C’est ici qu’il est intéressant de rapprocher cette « politique de la recherche » de ce que Nicolas Sarkozy a pu évoquer en ce qui concerne l’organisation de la culture.

On sait qu’il avait préconisé la suppression du ministère de la culture.

« Pouvons nous continuer à avoir des structures ministérielles aussi éclatées ? Je ne le crois pas. Il faut regrouper la direction des médias, le ministère de la culture et l’Education nationale sous l’égide d’un seul ministère. »
28 Janvier 2006

Depuis cette proposition a été mise en veilleuse, mais Mme de Panafieu a indiqué que la réduction du nombre de ministères aboutirait au même résultat.

Sur ce meccano ministériel, beaucoup d’encre a déjà coulé et coulera encore. Mais quel en est le sens pour Nicolas Sarkozy ?

Aussitôt après, il s’en était pris aux aides à la création. On va voir que cette proximité n’a rien de fortuit.

 » Académisme officiel, « Académies invisibles », aucun système d’attribution des aides n’est idéal.
Admettons toutefois que le modernisme et la nouveauté ne sont pas les seuls critères de l’esthétique, que l’on est allé trop loin dans certains domaines, qu’une partie du public a été perdu au passage et que nos artistes eux-mêmes ont parfois du mal à se reconnaître dans la politique culturelle de leur propre pays…
Il faut confier l’attribution des aides à la création et des budgets du spectacle vivant à des agences indépendantes composées en priorité d’experts, de professionnels et de représentants du public.  »
(28 Janvier 2006)

Il n’y a pas beaucoup à interpréter.

Selon Sarkozy, il faut contrôler les chercheurs qui ont tendance à se perdre dans la recherche fondamentale, et les artistes qui s’égarent dans une trop grande nouveauté.

Passons sur le contre-sens à propos des « académies invisibles ». Ce qui est parfaitement clair, c’est la similitude de l’approche : plus de dirigisme sur les professions culturelles, passant par des « agences » chargées de les évaluer en fonction de critères politiques.

En guise de conclusion

Le quinquennat qui s’achève s’est caractérisé par une attaque ininterrompue du gouvernement contre les professions culturelles : animateurs et médiateurs, architectes, archéologues, intermittents du spectacle, psychiatres, instituteurs, jeunes chercheurs, puis chercheurs dans leur totalité, enseignants, directeurs d’école, jeunes diplômés.

Le candidat de droite s’est fait remarquer par ses attaques d’emblée contre les associations de médiation sociale et culturelle dans les banlieues, sa connivence avec les communautarismes religieux et les sectes, le contrôle politique et personnel (affaire Genestar) des médias, l’intransigeance face au mouvement des chercheurs, la proposition de fichage médical, dès leur plus jeune âge, des enfants susceptibles de « trouble des conduites ».

Il n’est pas si difficile de distinguer la gauche de la droite sur cette question du facteur culturel.

SarkozyFini

Le Courrier International du 18 au 24 Janvier 2007 apporte des révélations étonnantes sur les relations entre Nicolas Sarkozy et Gianfranco Fini.

Le Courrier International propose une traduction récente d’un article du Il Giornale de Milan.

Ce journal est détenu par Paolo Berlusconi, frère de Silvio, qui en a fait un organe de combat contre le gouvernement de Romano Prodi.

On connaissait déjà les excellentes relations entre les leaders des deux partis de droite, les rencontres à l’ambassade française à Rome, à l’époque où Fini était ministre des affaires étrangères de Berlusconi, les messages entre partis, les éloges de Nicolas Sarkozy adressés à l’ancien président du MSI. Fini avait été particulièrement sensible à la prise de distance de N.Sarkozy par rapport à la politique officielle de la France sur l’Irak.

Mais l’article de Il Giornale apporte des précisions très intéressantes. Il qualifie ainsi les relations entre les deux hommes: « l’axe de fer entre le candidat à l’Elysée et le chef de la droite italienne est évident ». Nicolas Sarkozy y est défini comme « l’astre naissant de la nouvelle droite » et un modèle pour Fini.

Cet accord est si étendu que le candidat UMP a confié par deux fois à Gianfranco Fini le soin de préfacer ses ouvrages: Témoignages, et « La République, les religions, l’espérance ».

Peut être certains libéraux ou certains républicains vont ils s’étonner de découvrir en Fini un admirateur de la laïcité à la française.

Nous avons reçu plusieurs mails demandant des éclaircissements sur la position de Nicolas Sarkozy sur la laïcité. Voici quelques éléments de principe. Nous présenterons ensuite le dossier pratique, notamment les relations avec l’UOIF et les sectes.

Déclarations du ministre des cultes:

« Ma conception est simple, c’est bien celle de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat. « La République garantit la liberté d’exercice des cultes, sous les seules réserves édictées par l’ordre public. Elle ne reconnaît aucun culte ». Cela signifie qu’elle les accepte tous et n’en favorise aucun.

Certains ne lisent que la première partie de cet article : la République devrait accepter un droit absolu à la différence au nom de la liberté, elle aussi absolue, de croyance. C’est la voie du communautarisme. Je suis résolument opposé à cette lecture.

D’autres ne voient que la deuxième partie de la proposition : la République ne reconnaît aucun culte. C’est une laïcité faite de passivité et d’ignorance du fait religieux. Mais à force d’ignorer, le pas est rapidement franchi vers le mépris et le rejet des religions.

Je ne partage aucune de ces deux visions, à mon sens sectaires de la laïcité. Je milite à l’inverse pour une vision positive. La laïcité est à mes yeux la reconnaissance du besoin que l’homme éprouve d’espérer et donc de croire, sans jamais tenter d’orienter ses pas vers telle ou telle religion, autant que celle du droit de ne pas croire. »

Voici ce que nous comprenons:

1/ Le besoin que l’homme éprouve d’espérer et donc de croire s’identifie à l’adhésion à une religion. Au passage, faisons remarquer qu’il s’agit d’une sorte de « bonus » anthropologique, une fonctionnalité de la religion, justifiée par cette sorte de service rendu à la société, reconnu à toute religion quelle qu’elle soit, ce qu’aucun esprit religieux ne saurait accepter. On comprend mieux les compromissions avec l’UOIF.

2/ En dehors des religions, il y a le « droit de ne pas croire ». Soit, pour les uns la reconnaissance d’un rôle positif, et pour les autres, la simple reconnaissance d’un droit négatif. Autrement dit, pas d’idéal en dehors des religions. Et du même coup, pas de dialogue possible ni entre les religions, ni entre les « croyances ».

3/ Qui, de bonne foi, peut considérer que la lecture de la deuxième partie de l’article ne revient pas à remplacer « la République ne reconnait aucune religion » par « la République reconnait toutes les religions ».

Notre source:

http://sarko2007.free.fr